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Claire König
 

Chauve-souris : à la découverte d'un animal fabuleux - 06/10/2007

Carte blanche à : Claire König
Enseignante Sciences Naturelles

Les Mammifères ont colonisé la terre et les eaux, les Chauves-souris sont les seuls d'entre eux qui ont colonisé l'espace aérien. Dans l'incertitude des crépuscules du mois de juin, c'est par le vol qu'elles manifestent leur existence, autour des lampadaires, à la recherche d'insectes à manger.

En France leur sortie des reposoirs de jour ne prend pas la dimension des nuages de Chauves-souris de l'hémisphère sud. La rupture continuelle de leur trajectoire de vol permet de les différencier des Oiseaux au premier coup d'œil. A la fois mythiques et mystérieuses, objets de peur ou signes de bonheur, les Chauves-souris forment un monde que nous allons tenter de parcourir au long de ces quelques pages.

Voici deux compagnons de route pour notre visite chez les Chauves-souris parmi les espèces communes de chez nous :
La Pipistrelle commune : noter la présence du tragus dans l'oreille, élément important de classification, envergure 240 mm , poids 5 gr environ, sédentaire.


Pipistrelle commune

Le Grand Murin : peut-être l'espèce la plus grande de France d'une envergure de 350 mm, blanc dessous avec des ailes larges et un avant-bras de 50 mm de long environ.


Le plus ancien fossile de Chauve-souris date de l'Eocène au début de l'ère tertiaire, il y a 50 millions d'années, il vient de Messel près de Darmstadt en Allemagne. Les Chauves-souris étaient déjà évoluées, peu différentes des formes actuelles. C'est sans doute la possibilité de répondre immédiatement, par la migration ou l'hibernation par exemple, aux variations importantes de climat qui a valu à ces insectivores de passer au travers des sautes d'humeur du climat européen au quaternaire…et ce sont encore des facteurs climatologiques qui déterminent leur répartition actuelle.



Fossile de chauve-souris

Les Chauves-souris font partie des Mammifères placentaires. Il y a environ 4500 espèces de Mammifères dont la moitié sont des Rongeurs, le quart des Chauves-souris et seulement le quart pour tous les autres : ceci ne devrait jamais être oublié dans la protection de la nature, comme d'ailleurs le fait que les Insectes à eux seuls, représentent 90% de toutes les espèces animales (une estimation seulement : on ne connaît pas toutes les espèces d'insectes…).

Il n'y a eu que trois fois chez les Vertébrés une adaptation spécifique au vol dans l'histoire de la vie, exception faite d'un patagium existant chez le Cynocéphale (Dermoptère) et le Pétauriste (écureuil volant).

Le Ptérodactyle : il appartient aux Ptérosauriens(Reptiles). Seul le doigt No 5, très allongé supporte la membrane alaire, le patagium. Ces animaux, excellents planeurs, ne pratiquaient le vol battu qu'exceptionnellement. Ils ont terminé leur évolution avec des exemplaires de 11-12 m d'envergure et 86 kg !



Squelettes des pattes avant

Les Chiroptères : les Chauves-souris, (Mammifères) ont 5 doigts dont 4 pour l'aile, les Nos 2 et 3 formant le bord d'attaque. Elles pratiquent le vol battu, le vol stationnaire et éventuellement le vol plané, et peuvent atteindre 50 km / h les fréquences de battements des ailes peut être de 10 /seconde.

Les oiseaux : main à 3 doigts Nos 2-3-4 soudés et renforcés (pas chez Archéoptéryx où ils ont encore tous une griffe). Le No 2 a encore souvent une griffe. La surface portante est formée de plumes fixées perpendiculairement au squelette. L'apparition de l'aile entraîne une bipédie de type digitigrade chez l'oiseau: les métatarsiens 2-3-4 sont soudés.

  • - Détermination :


L'avant bras, l'oreille, la denture, entre autres, sont des critères importants de détermination.



Mesures sur l'animal

L'ossification des articulations permet de déterminer s'il s'agit d'un jeune ou d'un adulte. La mesure de croissance se fait par transparence, on détermine le taux d'ossification de la main, chez les individus capturés.

  • - Classification :

Les Mégachiroptères : Toutes habitantes des tropiques souvent frugivores, nous n'en parlerons pas ici.



Mégachiro dans les arbres

Les Microchiroptères : la plupart sont insectivores ou mangent de petites proies comme des grenouilles p ex., les autres sont nectarivores. Le genre vampire (Amérique du Sud) se nourrit de sang. En France on a 4 familles: en voici la liste avec leurs représentants.

Les Rhinolophidés : Sur les 70 espèces mondiales, 5 vivent en Europe. Elles émettent des ultrasons au travers d'appendices appelés "feuilles nasales". Les oreilles sont larges à la base, pointues à l'extrémité, et ne possèdent pas de tragus (ils ont un anti-tragus). Au repos, les ailes enveloppent l'animal.



Pipistrelle pygmée

Les Verspertilionidés : Sur les 320 espèces dans le monde (40 genres), 25 vivent en Europe. Le museau est lisse et ne possède pas d'appendices nasaux. Les oreilles ont un tragus, les ailes au repos sont repliées le long du corps.



Oreillard

Les Minioptéridés : Une seule espèce en France, constitue les plus importants groupements de Chauves-souris que l'on peut trouver sous terre ; son aire de répartition semble être au sud de la Loire. 280 mm d'envergure, bon voilier, son front est bombé et ses cris permettent de l'identifier facilement.

Les Molossidés : Sur les 52 espèces dans le monde, une seule vit en Europe. Avec une lèvre supérieure comprenant 5 plis, ses narines s'ouvrent vers l'avant. L'uropatagium est court, et la queue libre dépasse largement.

  • - Le squelette :

-- Le corps est solide, bien adapté au vol..

-- L'avant-bras et la main sont très allongés (radius très solide).

-- Le pouce est pourvu d'une griffe et est très court.

-- Les doigts 2 et 3 sont très proches et forment le bord d'attaque de l'aile.

-- La clavicule, très forte, et omoplate, très large, sont les points d'accrochage des muscles du vol.

-- Les membres postérieurs sont des organes d'accrochage. Chaque orteil porte une griffe, le pied est retourné. Un blocage mécanique empêche les Chauves-souris de tomber pendant leur sommeil et leur hibernation. Le poids de la chauve-souris tire sur le tendon fléchisseur (3) et bloque la griffe (1) et la 3ème phalange (2) sans contraction musculaire, ce qui garantit une bonne attache même en période de sommeil.



Griffe

-- Les côtes sont totalement ossifiées et solidement fixées au sternum et à la colonne : ceci permet la fixation de puissants muscles pectoraux. Il n'y a pas de bréchet chez les Chauves-souris.

-- Le bassin est très faible et reculé, donc le centre de gravité de l'animal se trouve très en avant de l'animal ce qui lui facilite le vol.



Squelette en vol

-- Le squelette posé permet de visualiser que les doigts sont presque de la même longueur que le corps.



Squelette posé

-- La denture des Chauves-souris est, en gros, une denture de carnivore et constitue un critère très important pour la classification: la mâchoire inférieure s'ouvre beaucoup ce qui permet une capture plus facile des proies, surtout chez les espèces qui se nourrissent en vol..



Dentures Barbastelle

Les canines sont très puissantes, largement dominantes chez presque toutes les espèces et les molaires sont de type broyeur.



Dentures Grand Rhino

Toutes les dents sont présentes et bien marquées. Les molaires, toutes très pointues, rappellent les dents d'insectivores qui doivent percer la carapace de chitine de leurs proies.



Dentures Myotis

-- La membrane alaire est constituée de bandes élastiques disposées selon une direction donnée, pourvues de fibres musculaires et nerveuses et de vaisseaux sanguins importants: c'est donc un système vivant, qui cicatrise très bien et sert aussi pour la thermorégulation.

On appelle propatagium la partie de l'aile située entre le bras et l'avant-bras ; patagium celle qui est située entre les doigts et la ligne latérale du corps et l'uropatagium est la membrane qui relie les pattes arrière à la queue et entre elles (et constitue un élément important de détermination). C'est l'endroit où les scientifiques font une biopsie, comme on le voit sur la photo ci-dessous. Ces membranes cicatrisent très bien pour autant que son attache au squelette ne soit pas abîmée. Remarquons tout de même que la surface portante de l'aile est immense pour un corps qui pèse au plus 10 grammes !



Uropatagium

Les Chauves-souris n'ont pas de poils sur l'aile ni sur le patagium contrairement au corps recouvert d'une épaisse fourrure.

-- La tête et le museau sont en général nus, mais le museau est pourvu de glandes secrétant un produit huileux pour l'entretien de la membrane alaire et des produits odorants pour les relations sociales. L'oreille est, chez certaines espèces pourvue d'un tragus (membrane à l'intérieur de l'oreille) qui est un critère de détermination.

-- Un gros cœur assure la circulation très intense pendant le vol. Ses pulsations peuvent atteindre des fréquences très élevées de 400 à 600 puls/min en vol.

-- Le vol est maniable, parfois très rapide, 50 km/h chez certaines Noctules, ou plutôt lent, 8 km/h chez certains Rhinolophes, ou se déroule en plusieurs phases, par exemple des explorations lentes suivies de brusques accélérations chez l'Oreillard avec changements de direction très rapides. Certaines espèces peuvent même pratiquer le vol stationnaire, bref toutes les catégories de vol sont représentées chez les Chauves-souris !

-- Nycteribiidés : Diptères aptères suçeurs de sang.
-- Acariens : Arthropodes suceurs de sang.
-- Trématodes : Vers parasites du tube digestif des chauves-souris.

D'autres parasites existent qui ne sont pas forcément spécifiques des Chauves-souris. Les parasites des chauves-souris n'ont pas encore été bien étudiés.



Acariens

Il ne faut pas oublier certains virus comme celui de la rage (qui peut toucher l'homme) dont nous reparlerons dans le paragraphe sur la protection.

L'hiver les Chauves-souris de chez nous hibernent, en général, mais certaines migrent (voir ci-dessous). Elles recherchent un endroit à l'abri – grottes, tunnels, granges – à température assez constante, basse mais pas trop – hors gel en principe – à taux d'humidité constant pour maintenir en bon état leur membrane alaire. Elles vivent alors sur les réserves accumulées pendant l'été (jusqu'au 1/3 de leur poids) durant les 3 à 5 mois de l'hibernation qui se déroule au même endroit d'une année à l'autre.

Il n'y a pas d'insectes en hiver et il faut bien trouver une manière de survivre ! Les mitochondries de la graisse des Chauves-souris sont très grandes, elles mesurent jusqu'à 5 micromètres, ce qui est considérable par rapport à la taille de la cellule mais ce qui montre bien l'importance du métabolisme des graisses dans la survie de l'animal. Toutes les fonctions sont presque arrêtées sauf la respiration (une toutes les 3 minutes !), le cœur et le métabolisme des graisses. La température du corps est de quelques degrés de plus que celle de la grotte et on peut voir des Chauves-souris recouvertes de givre en hiver



Gouffre dans le Jura

Elles peuvent se réveiller de temps en temps pendant la mauvaise saison. Ceci demande beaucoup d'énergie puisqu'il faut remonter la température et remettre en service un métabolisme très rapide (remonter le cœur de 10 battements par min à 400 !), si bien que les dérangements, même peu fréquents, peuvent mettre leur vie en danger en épuisant les ressources de l'animal. D'où la nécessité de protéger les hivernages (ce qui ne servirait pas à grand-chose si on continue avec les insecticides et que les Chauves-souris ne puissent plus s'alimenter convenablement l'été !!!)

En mars avril elles se déplacent vers leurs quartiers d'été où elles pourront trouver de la nourriture et mettre bas.

Depuis fin mai et juin selon les espèces, fécondation, gestation et mise bas se succèdent, les femelles étant regroupées en colonies de reproduction et d'élevage, les mâles vivant isolés. Les nurseries sont des endroits privilégiés qui obéissent à des critères édaphiques et climatologiques déterminés, chaleur, ventilation, humidité qui sont d'ailleurs assez différents suivant les espèces.



Arbres à Murins Daubenton

Un exemple de colonie de reproduction de Murins de Daubenton dans cet arbre creux de la forêt de Dorigny (CH). On voit le trou d'envol et les traces de guano. Cet arbre a un signe rouge de chauve-souris indiquant aux forestiers qu'il est habité par des Chauves souris et donc qu'il ne faut pas l'abattre. Les Murins de Daubenton, qui habitent cet arbre,chassent beaucoup sur le lac Léman la nuit. Mais les colonies de reproduction peuvent être très importantes et comporter plusieurs centaines d'individus (voir paragraphe protection, l'église d'Eysins).

La femelle donne naissance à un seul petit, nu, qui tombe dans l'uropatagium, et qui peut peser près du tiers du poids de la mère. A 8 jours il ouvre les yeux et les dents poussent vers le 10ème jour. En 2 semaines une Sérotine passe de 4 à 10 grammes. Le petit vit accroché à sa mère, à l'envers de celle-ci (photo d'un petit Petit Rhinolophe et de sa mère ci-dessous). Chez d'autres espèces les petits restent accrochés au plafond et les mères les reconnaissent aux sons qu'ils émettent, une colonie de reproduction n'est pas silencieuse du tout.



Petit Rhinolophe mère et petit

Les Chauves-souris sont des Mammifères donc vivipares et allaitant leur petit (1 très rarement 2 par année). Pour donner un ordre de grandeur une mère qui pèse 5 gr met au monde un petit qui pèse plus d'1 gr et le nourrit d'1 gr de lait par jour, ce qui, pour une femme de 60 kg, représente un petit de 15 kg avec 15 kg de lait par jour ! Mais le métabolisme n'est pas le même !

Cette faible fécondité peut s'expliquer par le fait que les Chauves-souris sont très spécialisées et ont relativement peu d'ennemis. D'autre part leur mode de vie particulier ne leur permet pas d'élever plusieurs petits.
Ci-dessous pipstrelle juvénile.



Pipistrelle commune juvénile

Puis les jeunes se dispersent en été.

Septembre est la période d'accouplement : attention, la fécondation est différée et n'a lieu que fin mai l'année suivante pour la plupart des espèces. Il y a très peu d'espèce à fécondation différée (le chevreuil en est une) et on ne sait pas très bien comment ça se passe au niveau de la survie des spermatozoïdes qui sont stockés dans les voies génitales de la femelle fermées par un bouchon cireux.

Il n'y a pas de différences très visibles entre mâles et femelles chez nos Chauves-souris françaises.



Noctule derrière un volet

Cette Noctule commune vient du Nord et s'abrite derrière ce volet. Il s'agit d'un mâle et c'est de là qu'il va crier (chant?!) pour trouver une femelle. Cet abri est un abri temporaire.

Dès le mois d'octobre et suivant la météo, elles regagnent leurs quartiers d'hiver et il arrive, sur la côte atlantique que les hivers doux n'obligent pas les Chauves-souris à hiberner même si elles se mettent « en dormance » pendant les 2 ou 3 semaines de froid.

A la même période certaines Chauves-souris effectuent des déplacements plus ou moins longs. La Noctule et la Pipistrelle de Nathusius se déplacent, par exemple, de la Pologne dans la région du Lac Léman pour passer l'hiver dans des conditions moins dures. Ceci représente tout de même un voyage de plus de 1000 km ! D'autres effectuent des migrations moins importantes comme le Grand Murin qui passe l'été en Valais et hiverne dans la région de Valence.

Mais dans l'aire de répartition d'une espèce il peut y avoir des différences de comportement : les populations d'une espèce vivant au nord se déplaceront plus que les populations de la même espèce vivant plus au sud.

  • A - L'écholocation

L'écholocation n'existe que chez les Microchiroptères (c'est-à-dire nos Chauves souris). C'est en 1794 que Lazzaro Spallanzani fait des expériences scientifiques très probantes pour démontrer que les Chauves-souris possèdent un « sixième » sens pour se déplacer sans utiliser les yeux…et ce n'est qu'en 1938 que B.Griffin et G.Pierce montrent expérimentalement que les Chauves-souris émettent des ultra-sons dont la bande ne sera déterminée qu'en 1941 par D.Griffin et Galambos. Il s'agit de fréquences entre 30 et 120 kiloherz. La durée d'émission se situe autour de 1 à 5 millisecondes et la fréquence d'émission peut être de 60 impulsions par seconde en phase de chasse, c'est-à-dire en situation d'émission intense.



Echolocation

D'autre part on a pu mesurer l'énergie fournie au moment de l'émission et on a des chiffres de l'ordre de 110 décibels à proximité de la tête ce qui concurrence les plus grands chanteurs d'opéra ! Les longueurs d'onde varient entre 3 et 15 mm et ces sons sont émis par le larynx, par modulation d'un puissant courant d'air. Ne pas oublier que la longueur d'onde de l'émission doit être proportionnée à la taille des proies. La chauve-souris arrête ensuite d'émettre et attend que l'écho sur l'obstacle revienne à son oreille (voir schéma ci-dessous) ; l'angle d'action de l'écho sonore est relativement étroit. On peut donc leur boucher les yeux, comme l'a fait Spallanzani, mais pas les oreilles !

Le grand Murin de la photo suivante émet, la bouche bien ouverte et la tête orientée dans la direction d'émission.



Emission de Grand Murin

Certains animaux émettent en modulation de fréquence, des signaux très courts de 1 à 5 millisecondes, par exemple les Verspertilionidés, signaux émis par la bouche qui reste ouverte pendant le vol.

D'autres émettent des signaux stables, par exemple le Grand Rhino à 83 kiloherz et le petit Rhino à 107 kiloherz avec une petite modulation de fréquence à la fin mais longs d'environ 50 millisecondes, par le nez et non par la bouche, d'où la conformation spéciale de celui-ci, et la bouche fermée pendant le vol.

Vous voyez ci dessous un sonogramme de 3 sortes de Chauves-souris.



Sonogramme

Mais les chauves-souris émettent aussi toutes sortes d'autres cris dont certains dans l'audible (pour l'homme), cris qui servent à la communication sociale.

  • B - La chasse et les proies :

Les Chauves-souris combinent l'écholocation, l'ouïe et la structure alaire de l'uropatagium pour pratiquer une chasse très efficace. Identifiée et localisée par l'écholocation, la proie est dirigée vers l'uropatagium (la Chauve-souris volant ailes déployées pendant la chasse) et c'est là qu'elle viendra la saisir avec la bouche. Certaines s'attaquent aux proies immobiles sur les feuilles ou les murs comme l'Oreillard, d'autres encore volent au ras du sol pour y capturer de gros insectes comme des Carabes, mais il n'y a pas de chasse en groupe. Les proies sont dévorées tout de suite et les parties chitineuses rejetées.

Le Grand Murin, par exemple, émet pour s'envoler. On n'a su qu'il chassait au sol qu'en déterminant les proies mangées par les résidus trouvés dans ses crottes (pinces de coléoptères, ou restes de mandibules) et on s'est aperçu qu'il y avait des proies qui ne volaient pas!



Oreillards reliefs des repas

L'Oreillard, lui, traque papillons et insectes (voir photo ci-dessus); il chasse la nuit sur et autour des branches où il se repose et où parfois il mange si la proie est grosse ou s'il y a trop de vent ou encore pour se reposer.

La Pipistrelle commune, elle, mange des moustiques et des moucherons qu'elle attrape près des lampadaires le soir : elle est ainsi très facile à observer, même en ville, il s'agit d'une espèce qui s'est très bien habituée à l'homme contrairement à beaucoup d'autres.

Dans tous les cas les Chauves-souris ont une chasse très efficace, mangent beaucoup (elles ont un métabolisme rapide) : elles consomment une quantité d'insectes qui peut représenter la moitié du poids du corps de l'animal. Elles peuvent parcourir, pour certaines d'entre elles, des distances de plusieurs kilomètres pour trouver une source de nourriture.

Les ennemis des Chauves souris sont les parasites comme ci-dessous dans l'oreille de cette Pipistrelle de Nathusius, les chats et l'homme... A l'état sauvage quelquefois la chouette ou la fouine ou encore le chat sauvage…



Acarien - Nathusius

Pour ce qui concerne le chat : il attend les Chauves-souris à la sortie d'une cheminée ou d'un trou... joue avec et la tue. Si elle parvient à s'échapper, elle est souvent blessée gravement à la membrane alaire.

Pour ce qui concerne l'homme: il y a pour commencer les insecticides qui atteignent directement la chaîne alimentaire puisque nos Chauves-souris sont insectivores et ce de 2 manières :

-- 1. accumulation de produits toxiques dans l'organisme en mangeant des proies contaminées par ces produits,
-- 2. diminution parfois drastique de la quantité de nourriture disponible sur un site.

Il y a ensuite la manière dont l'Européen moyen vit avec une destruction systématique des biotopes intéressants pour elles : vieux arbres, transformations ou destruction de vieilles demeures dans lesquelles on bouche tous les trous de l'avant-toit, par exemple, parce que «les Chauves-souris, ça salit !» Comme si les chiens, eux, ne salissaient pas !

  • - La protection :

Il y a beaucoup de choses à faire et qui sont faciles et pas chères, commençons par un exemple particulièrement bien réussi :

Eysins (CH) : sauvetage d'une grande colonie de reproduction de Grands Murins. Eysins est un petit village sur la côte du lac Léman entre Lausanne et Genève et l'église de ce petit village a été rénovée.



Eglise d'Eysins - Suisse

Une petite entrée avait été bouchée lors de la restauration... et les Chauves-souris volaient dans tout le village à la recherche d'un nouveau gîte, ayant perdu le leur à cause des tansformations. Un amoureux de la nature a donné l'alarme et le processus de protection s'est mis en route.

On a ré-ouvert un petit passage dans le toit pour que les Chauves-souris puissent aller et venir à leur guise et on a mis une grande bâche sur le plafond pour que les fidèles ne subissent pas de nuisances ! C'est tout ! Et depuis tout le monde est content : il y a même la Cuvée des Chauves-souris, le village étant viti-vinicole ! Et les gens qui assurent l'entretien de la bâche vers la fin de l'été (une fois par an récolte du guano, voir photo ci-dessous) se partagent le super-engrais : 16 kg en 1997 à partager entre 3 ou 4 personnes. Cette colonie comporte 400 individus femelles et jeunes, on profite du nettoyage pour récolter les petits morts et les examiner et on profite aussi de l'occasion pour passer une soirée entre amateurs de nature !



Guano de grand Murins Eysins Suisse

Il est donc facile, pas cher et « impardonnable » de ne pas le faire…

En France aussi, bien sur, on recense et protége les Chauves-souris .

Un grand inventaire national arrive à terme et de nombreuses mesures sont prises, entre autres et avant tout informer, c'est le but de ce dossier. C'est là qu'il y a le plus à faire tant il est vrai que des mesures de protection qui ne sont pas comprises ne servent à rien.



Grille

Dans ma région on a fermé une grotte dans laquelle hivernaient de nombreuses Chauves-souris. Ceci dans le but de préserver leur tranquillité. Remarquer sur la photo ci-dessous que les barres de la porte sont horizontales pour permettre un passage facile des animaux. Le problème est que les barres de fer ont été sciées et la grotte utilisée pour des fêtes, ce qui ne fait pas le bonheur des hivernantes et les autorités tardent à prendre les mesures adéquates au détriment de la colonie bien sur.



Barbastelle

On a aussi recensé un autre site avec plusieurs centaines d'hivernants : 800 Barbastelles et 800 Grands Rhinolophes, mais on évite de préciser les choses, par sécurité.



Grand Rhinolophe

Les Chauves-souris sont protégées par divers textes législatifs nationaux et internationaux. A ce titre, il est interdit sous peine de sanction de les détruire, de les collectionner, de les transporter même mortes, de les capturer (sauf autorisation spéciale accordée lors des études et recensements de population). Encore faut-il que ces mesures soient effectives, les contrôles efficaces et les sanctions dissuasives, mais ceci est une autre histoire…

Voici quelques textes européens sur la protection des espèces naturelles et dont certains articles concernent les chauves-souris :

La convention sur la conservation des espèces migratrices, 1979

La LPO-France propose au public amateur des fiches explicatives dont voici les titres : Connaître les Chauves-souris et Protéger les Chauves-souris.



Logo

Les Chauves-souris sont régulièrement suivies, par exemple dans les Pays de Loire par le « Groupe Chiroptère des Pays de Loire », et de nombreuses séances d'information mises en place à l'intention du public dont la maintenant célèbre « Nuit Européenne des Chauves-souris », nuit pendant laquelle toute l'Europe s'occupe de Chauves-souris : promenade, recensements, nettoyages de certains sites, soirées d'information etc. Ci-dessous un des logo de la nuit des Chauves-souris et la plaquette publiée par les Pays de Loire à titre d'exemples, il y en a d'autres bien sur.



Plaquette du Pays de Loire

On peut aussi faire quelque chose tout seul dans sa maison si on habite une zone proche d'un peu de nature : aménager un accès ou en laisser un et favoriser leur présence en posant des tuiles à trous (tuiles d'aération) sur le toit ou des briques à trous (briques de galandage de 4 ou 6) collées contre un mur ou sous un avant toit, ou encore construire un abri à poser dans le jardin contre un mur ou un arbre hors de portée des chats.



Construire un abri

Les gestionnaires de forêts, privées ou publiques peuvent repérer les arbres fréquentés par des Chauves-souris et y mettre le logo ci-dessous pour éviter l'abattage… au moins pendant la période de reproduction. Il y a bien des Chauves-souris qui fréquente la forêt et une grand étude a été menée en Bretagne par P. Pénicaud à ce sujet (voir bibliographie)



Logo de bucheron

Toutes ces actions ne dispensent pas de prudence à l'égard des Chauves-souris qui peuvent être porteuses de la rage.
Respectez-les ! Ne les dérangez pas ! Protégez-vous ! Ne les touchez pas sans gants, vivantes ou mortes !

La rage des chauves-souris est transmissible à l'homme ; c'est une maladie mortelle en l'absence de traitement.
En cas de morsure, griffure ou léchage : nettoyer, rincer, appliquer un antiseptique iodé, consulter rapidement un médecin et un centre antirabique et adresser la chauve-souris à la direction départementale des services vétérinaires pour analyse en passant par le réseau rage mis en place par le Groupe Chiroptères de votre région.

La rage des chiens et renards est la rage vulpine ou sylvatique (génotype 1, RABV ) et la rage des chauves-souris, souches EBLV-1 et EBLV-2 sont des virus parents mais ne sont pas identiques.

Derniers conseils : si une chauve-souris, égarée ou éblouie, est prisonnière dans une pièce de votre habitation : ouvrez les fenêtres, éteignez la lumière et quittez la pièce. La chauve-souris retrouvera son chemin grâce à son sonar.

Dans le monde occidental, les chauves-souris suscitent la peur, et une forte répulsion, un certain mystère, par méconnaissance le plus souvent! Animaux nocturnes, elles ont enflammé l'imagination des hommes.

La Rome antique les décrivait comme des animaux apparentés au diable. Dans la religion catholique, les anges sont représentés avec des ailes d'oiseaux, le diable au contraire est paré d'ailes de chauves-souris.

On les clouait sur les portes des granges jusqu'au milieu du 20ème siècle même en France !



Batman

L'Europe occidentale a toujours utilisé cet animal dans les manifestations de l'horreur directes ou indirectes : nous citerons pour exemples Batman, le sauveur, Dracula, le méchant, et la fête de Halloween qui fait la part belle aux sorcières et autres chauves-souris…



Dracula

Dans la Chine ancienne, l'aspect et le comportement des chauves-souris attiraient les soupçons. Pour expliquer l'origine de cet animal, on disait que la souris avait été transformée en chauve-souris après avoir mangé du sel ou des crottes ou des huiles. Sous l'influence de la mauvaise réputation de la souris, la chauve-souris avait une triste image de marque. À l'époque des Trois Royaumes (222-265), le poète Cao Zhi écrit le Récitatif sur la chauve-souris et il se dit convaincu que la chauve-souris est un animal rusé et néfaste.

Plus tard, la chauve-souris est devenue un des ingrédients servant à la préparation des médicaments et on croyait que la chauve-souris prolongeait la vie….

Et puis, en Chine, plus tard encore, la chauve-souris a eu de la chance, parce que le caractère chinois « fu » qui signifie bonheur est un homonyme de « fu » qui signifie chauve-souris ! Le motif des chauves-souris fut utilisé ainsi pour illustrer le bonheur. Ce motif a été popularisé vers le XVIIe siècle, surtout au milieu et à la fin de la dynastie des Qing (1644-1911). Son utilisation s'est propagée dans la construction, le textile, la broderie, la peinture, la porcelaine, la gravure sur bois et sur brique.



Motif chinois shou

Wufu Pengshou est un motif où cinq chauves-souris entourent le caractère chinois « shou » (longévité). Ce motif symbolise qu'on possède à la fois bonheur et longévité et les 5 chauves-souris symbolisent la richesse, la santé et la tranquillité, la moralité et une belle mort. On trouve ce motif sur beaucoup d'objets en Chine à cette époque et en particulier sur une robe du XVIIIème siècle. On trouve encore des chauves-souris dans l'art domestique chinois et les fameux cerfs-volant, dont certains sont de véritables œuvres d'art.



Cerf volant chinois

En Europe aussi la chauves-souris a son côté emblématique en tous les cas dans certains domaines comme l'armée avec par exemple le blason de la RAF 153rd squadron ou l'héraldique ou les armoiries de certaines communes (bien qu'elle y soit rare et toujours représentée ailes déployées) ou encore la philatélie.



Timbre de Zambie



Timbre de Zambie



Timbre de Zambie



Timbre de DDR

Denise Tupinier, dans son livre « La Chauve-souris et l'homme » cite encore de nombreux exemples, je n'en mentionnerai que trois ici : certaines marques célèbres comme Rhum Bacardi, ou la société anglaise Bat Building Products Ldt qui a déposé en France le mot Bat (Best After Test ), on trouve donc une chauve-souris sur les produits de cette marque, ou encore, troisième exemple, en Allemagne avec la firme AEG qui avait donné le nom de Vampyr à une ligne d'aspirateurs…

L'imaginaire des enfants quant à lui, nous donnent l'occasion de voir des chauves-souris amicales et drôles…

Avant de terminer ce petit exposé sur les chauves-souris quelques traductions de ce mot dans le tableau ci-dessous :

Et, bien sur, la plus grande conséquence scientifique et commerciale de l'observation des chauves-souris : les avions…. Léonard de Vinci a commencé et le 9 octobre 1890, le français Clément Ader quitte pour la première fois le sol et s'élève à quelques centimètres du sol. Il fait un bon de 50 mètres.



Avion Ader

Son avion, baptisé Eole, ressemble à une chauve souris et est dépourvu d'ailerons qui assurent une stabilité latérale. Sa machine (voir photo) est actionnée par une machine à vapeur. Ader construisit d'autres appareils qu'il nommera par la suite avions. Le terme avion passera ensuite dans le langage courant.

- Arlettaz R.: Ecology of the sibling mouse-eared bats (Myotis myotis and Myotis blythii) : zoogeography, niche, competition, and foraging. Thèse UNIL 1994.
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- Tupinier D. : La chauve-souris et l'homme. Ed L'Harmattan 1989

Crédits photographiques :

König Christian



Affiche du CCO de Genève

Internet :

- Muséum National d'Histoire Naturelle
- Muséum de Bourges

Il s'agit du musée qui centralise toutes les données françaises sur les Chauves-souris et où vous pouvez trouver des renseignements sur les groupes chiro de votre région.

- LPO ; conseils

- Ville de Genève

Il s'agit du centre de coordination ouest pour la Suisse, domicilié au Museum de Genève où vous trouvez une foule d'infos sur les chauves-souris en général et en particulier des liens pour tous les pays.

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