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Etienne Baulieu
 

Le vieillissement est-il irréversible ? - 02/05/2007

Il est inutile de se révolter ! Personne ne pourra lutter contre le temps qui passe : prendre de l'âge est inéluctable ! Pourtant… rien ne nous interdit de penser qu'un jour ou l'autre nous arriverons à défier la mort.

L'histoire de l'évolution nous enseigne que l'une des premières caractéristiques de « la matière vivante » est de se confronter à toutes les utopies ! C'est grâce à cela qu'au matin de leur existence les premiers êtres vivants sont arrivés à quitter leur berceau aquatique pour se confronter à la terre, au feu et à l'air, des éléments qui auraient dû leur être fatals s'ils n'avaient su défier l'impossible.


Depuis, par le jeu de l'évolution la vie s'est pourvue d'un cerveau d'une extrême complexité, une arme d'une fantastique efficacité, qui peut se retourner contre elle, nous le savons, mais dont elle peut aussi se servir pour que son rêve le plus fou devienne réalité ! Non, la vie n'en a certainement pas fini dans sa lutte contre la mort. Le combat est rude … mais nombreux sont ceux qui sont partis en guerre pourvus d'un arsenal d'intelligence et de patience dans l'espoir qu'un jour nous vaincrons le monstre des ténèbres.

Il est probable (certainement très possible) que les hommes vivront de plus en plus longtemps. L'évolution actuelle le suggère. Mais, pour nous en réjouir, encore faut-il que ces années de vie supplémentaire ne soient pas assombries par tous ces maux qui, trop souvent, font le quotidien des personnes âgées. La recherche a donc encore bien du pain sur la planche pour nous éviter de finir, non plus nos jours mais nos années, fourbus de rhumatismes ou réduits à ne plus être qu'un « légume » attaché au fond d'un fauteuil roulant. A l'évocation d'images aussi douloureuses, il m'a semblé impérieux de trouver, avant tout autre chose, les raisons pour lesquelles nous voyons autour de nous des personnes vieillir dans de bien trop tristes conditions. Où sont les responsables de tous ces maux que l'on nomme insomnie, ostéoporose, cécité, amnésie, états dépressifs ou rhumatismes déformants ? Si nous voulons les empêcher de nuire, il nous faut bien les identifier.

  • A - Qu'est-ce qu'une cellule ?

Une cellule est l'entité élémentaire de tout être vivant : hommes, animaux ou plantes (comme une brique l'est pour un mur). Les organismes les plus simples sont composés d'une seule cellule (les bactéries par exemple). Les organismes plus grands sont composés de cellules qui coopèrent,, qui peuvent être classées en différentes catégories pour former, par exemple, la peau, les os, le tissu nerveux etc.. Chaque cellule est composée d'un noyau contenant une molécule d'ADN, lui-même entouré du cytoplasme protégé du milieu extérieur par une membrane.



Cytoplasme

Les cellules ne se reproduisent pas mais se multiplient en se divisant : on appelle mitose le phénomène de division cellulaire. Avant que la cellule ne se divise en deux, le nombre de chromosomes double, de sorte que chaque cellule fille, après la division, a le même nombre de chromosomes que sa mère.

  • B - Comment se présente une cellule ?

- Une cellule est séparée du milieu extérieur par une membrane.
- A l'intérieur se trouve divers éléments baignant dans un ensemble de molécules. C'est ce que l'on appelle le cytoplasme.
- Au centre se trouve le noyau de la cellule.
- A l'intérieur du noyau se trouve une très grande molécule dont la structure est tordue en formant une sorte de double hélice, repliée sur elle-même, de telle sorte que dans un minuscule volume elle peut atteindre un mètre de longueur... C'est la molécule d'ADN sur laquelle sont distribués les gènes.

  • C - Qu'est ce que l'ADN (acide désoxyribonucléique)?



Molécule d'ADN

L'ADN est une molécule que l'on trouve au cœur du noyau des cellules aussi bien animales que végétales : elle est formée de deux chaînes entrelacées (comme une double hélice). Celles-ci sont constituées chez les humains de plus de trois milliards de substances chimiques (des "bases") de quatre natures différentes (comme les perles d'un collier qui n'auraient que quatre couleurs). L'alternance des bases sur des longueurs variées permet de définir les instructions nécessaires pour qu'un individu se développe et se maintienne en vie. On peut la comparer à une grande bibliothèque dans laquelle on trouverait les informations relatives à la construction de cet édifice complexe qu'est un organisme. Comme les livres qui composent la bibliothèque, l'information est regroupée en « gènes ». Aujourd'hui nous avons accès à ces « livres » ou « gènes », mais ils sont écrits dans une langue qui nous est encore partiellement étrangère. Apprendre à les déchiffrer est l'enjeu de la biologie moderne.

  • D - Qu'est ce qu'un gène ?

Un gène est un fragment de la molécule d'ADN situé sur les chromosomes. Nous ne sommes pas encore certains du nombre exact de gènes qui se succèdent sur la double hélice au cœur de nos cellules humaines, mais il semble être au nombre de 30 000 environ, chacun pouvant être doté d'un système de commande différencié qui multiplie la diversité de leur fonctionnement. Les gènes sont responsables de la production de protéines nécessaires au développement et au fonctionnement d'un organisme. Une anomalie sur l'un des gènes peut empêcher ou modifier la production d'une protéine et donc de son fonctionnement entraînant peut être une "maladie génétique".

  • E - Y a-t-il un ou des gènes du vieillissement ?

Si on s'aperçoit que chaque espèce animale à une longueur de vie qui lui est propre, et que Jeanne Calment n'est pas un cas exceptionnel au sein de sa famille, on est obligé de penser qu'il y a dans la longévité d'un individu une part héréditaire importante. Mais a-t-on déjà trouvé des gènes qui seraient au moins impliqués dans la longévité d'un individu ? En analysant l'ADN de personnes souffrant d'un syndrome de vieillissement précoce par exemple (le syndrome de Werner), on a pu identifier un gène responsable de l'affection. Cependant rien ne nous permet d'en tirer des conclusions très importantes car le vieillissement du syndrome de Werner est différent du vieillissement normal qui aurait été simplement accéléré dans le cas de la maladie. En effet, les cancers, les troubles cardio-vasculaires ou encore les maladies neuro dégénératives dont ils peuvent souffrir ne sont pas de même nature que chez les gens "normaux" vieillis.

Nous savons qu'avec le temps, certains gènes sont abîmés par des rayonnements et des oxydations. Dès lors, on observe des diminutions de production de protéines, de lipides ou d'hormones, qui font partie, en effet, des différents facteurs responsables du vieillissement.

  • F - Qu'est ce que le phénomène d'oxydation ?

Notre organisme a besoin d'oxygène pour vivre. L'essentiel de tout ce qui fonctionne au sein de notre corps utilise cet oxygène pour produire de l'énergie. Une énergie qui permet à notre organisme de fonctionner, autrement dit de vivre. Cependant, une fraction de cet oxygène n'est pas correctement utilisée et cette petite fraction d'oxygène qui produit ce qu'on appelle des "radicaux libres". Or ceux-ci deviennent agressifs pour un certain nombre de molécules organiques comme les « protéines » ou les « lipides ». Les protéines deviennent raides un peu comme nos articulations et les lipides deviennent rances un peu comme du vieux beurre.

- les radicaux libres : Ce sont des atomes qui ont un électron en plus. On dit de cet électron qu'il est libre puisqu'il ne trouve pas de charge électrique opposée (située au cœur de l'atome sous forme de proton) à laquelle il pourrait rester lié. Ces radicaux libres se forment au moment de la rupture d'une molécule en deux fragments. A chacun d'eux, reste l'un des deux électrons qui les liaient. Or, un électron libre engendre un certain nombre de réactions chimiques que l'on retrouve, notamment, dans les processus d'oxydation cellulaire.

  • G - Ces molécules sont-elles abîmées au point de disparaître ?

Non, elles sont simplement abîmées ou rouillées, si vous préférez. C'est la raison pour laquelle, par exemple, la peau devient plus fine, plus sèche, les artères durcissent…

  • H - Est-ce que limiter la production des radicaux libres pour moins "vieillir" peut être une voie de recherche intéressante ?

Oui, Des laboratoires se sont penchés sur la question. Les radicaux libres se forment essentiellement au cours de l'oxydation des aliments et l'on a évoqué leur responsabilité pour expliquer que la restriction calorique entraînait une longévité accrue chez les animaux soumis à des expériences dûment contrôlées.

Cette notion a été démontrée il y a plus de un demi siècle chez le rat et d'autres animaux de laboratoire. Récemment et à défaut d'expériences chez l'homme qui sont difficiles à réaliser, une étude américaine indique chez les espèces macaques une corrélation entre restriction calorique et allongement de la durée de la vie. On a pu constater aussi une augmentation du taux de DHEA chez ces animaux.

  • I - Y a-t-il d'autres voies de recherches intéressantes ?



Télomères

Il y a une nouvelle approche qui met en jeu le rôle de structures chromosomiques appelées « télomères » qui, en effet pourrait être intéressante. On appelle « télomères » des segments d'ADN bien spécifiques qui se trouvent au bout des chromosomes (dans le noyau cellulaire). On a constaté que lorsqu'on cultive des cellules, ces « télomères » raccourcissent au fur et à mesure des divisions. Actuellement, on dit qu'il semble y avoir des corrélations entre la longueur de ces télomères et la durée de vie de l'organisme. Des observations récentes ne confirment cependant pas la corrélation éventuelle entre longueur des télomères et durée de l'existence humaine.

  • A - Les mécanismes intermédiaires sont ils identifiés ?

Oui ! Ils sont au nombre de deux et dépendent de deux ensembles physiologiques : le système nerveux et le système hormonal. Il faut bien se rendre compte que lorsqu'on a froid, faim ou peur, ou lorsqu'on a un chagrin d'amour, notre organisme réagit différemment. Si, par exemple, je vous fais peur en criant : d'abord vous entendez mon cri et ensuite, votre organisme produit une hormone, l'adrénaline. Il paraît donc évident que dans ce cas, c'est le cerveau qui « commande » la réaction biochimique. Mais ceci n'est pas toujours vrai. Par exemple, ce n'est ni le goût, ni la lecture d'un menu qui va déclencher ou non le production de l'insuline, mais la nourriture elle-même. Ce qui nous prouve qu'il y a des hormones qui sont directement produites par l'organisme sans avoir recours au cerveau. Cependant c'est bel et bien le cerveau qui, le plus souvent fait la jonction avec l'extérieur.



Molécule d'adrénaline

Il régule entre autres, la production d'hormones telles que l'adrénaline, la cortisone ou la DHEA. Ces hormones sont responsables de la mise en marche des machineries cellulaires qui activent l'expression des gènes.

  • B - Tout le monde redoute particulièrement le vieillissement du cerveau. Où en sont les recherches à ce sujet ?

Il y a énormément de travaux sur la question. C'est un sujet qui me tient particulièrement à cœur et je vais prendre un exemple pour mieux vous faire comprendre l'état des recherches actuelles en la matière : celui de la diminution de la mémoire associée à la prise de l'âge.

Tout le monde en vieillissant a conscience de ce phénomène : on ne se souvient plus comment s'appelle un ami, une connaissance, on a du mal à se rappeler certains noms propres… Attention, on n'est pas ici dans le cadre d'un vieillissement pathologique associé aux manifestations de la maladie d'Alzheimer, par exemple, mais dans le cadre du vieillissement normal.

A partir de 70 ans, 40% des êtres humains souffrent d'un défaut de la mémoire spatiale, au même titre que les animaux d'ailleurs, puisque 50% des animaux souffrent du même défaut en vieillissant. On a pu le mesurer sur certains animaux de laboratoire, comme les rats et les souris.

La mémoire spatiale nous permet de nous placer dans notre environnement, de savoir par exemple, que derrière nous, il y a un mur, une porte à franchir… En testant un rat dans un labyrinthe, on parvient à lui faire acquérir la mémoire des passages qu'il lui faut effectuer ou des obstacles qu'il lui faut franchir pour sortir du labyrinthe. On arrête l'expérience pendant un certain temps, puis on recommence l'expérience : certains animaux ont retenu la disposition du labyrinthe et retrouvent leur chemin aussi vite qu'à la fin de leur période d'apprentissage.

D'autres au contraire ont tout perdu, et en général, ce sont les plus vieux, mais pas tous et pas de façon systématique. Chez les hommes aussi, on s'est livré aussi à des mesures de la mémoire spatiale, avec des systèmes cinématographiques, qui vous demandent d'apprendre un trajet dans une ville par exemple. On s'est rendu compte de la même manière de la perte de mémoire spatiale chez certaines personnes âgées.


Hippocampe

Parallèlement, on a pu établir une corrélation entre quantités de stéroïdes produites par l'hippocampe (une partie du cerveau) et permanence de la mémoire spatiale.La corrélation est excellente. Plus il y a de neuro stéroïdes produits par l'hippocampe, meilleure est la qualité et la conservation de la mémoire spatiale.

L'expérience que j'ai menée avec mon équipe a consisté à rétablir le niveau de neuro stéroïdes dans l'hippocampe en y introduisant directement au moyen de sondes du sulfate de prégnénolone par exemple et ainsi de restaurer la mémoire spatiale. L'effet de cette injection ne dure que quelques heures, aussi un chirurgien australien a imaginé d'installer dans l'hippocampe une sorte de « sonde à demeure » qui permet de restituer la jeunesse de la mémoire.

Tout le monde croit savoir que le cerveau ne comporte que des neurones qui une fois adultes n'ont qu'un destin, celui de continuer ou de mourir. Or, on s'est aperçu qu'en réalité, contrairement aux idées reçues, il est en partie récupérable tant sur le plan fonctionnel (par le rôle des neuro stéroïdes) que cellulaire. On a découvert que de nouvelles cellules nerveuses peuvent se développer et être régénérées à partir des « cellules souches » du cerveau et fonctionner normalement, tout particulièrement encore au niveau de l'hippocampe. On peut donc parler d'une véritable réversibilité cellulaire. Le vieillissement n'est plus irréversible. Dans l'organe destiné à être altéré de façon quasi irrémédiable par le vieillissement, on trouve le moyen de procéder à une réversibilité fonctionnelle et cellulaire. C'est extraordinaire !

On s'est aussi rendu compte, par des expériences chez l'animal, que ces nouvelles cellules se développaient suivant l'environnement dont bénéficiait l'animal, le milieu dans lequel il évoluait, la quantité de nourriture qu'on lui donnait, les jeux qui le stimulaient, la compagnie de l'autre sexe ou non, etc. Toutes ces conditions influent donc différemment sur le développement de ces cellules nerveuses.

- Qu'est-ce qu'une hormone ?

Le terme hormone vient d'un mot grec (wrmeiu) qui signifie « susciter l'activité». Les hormones sont secrétées par des glandes, le terme glande étant utilisé pour nommer tous les organes qui produisent un composé mis ensuite en circulation. De nombreuses glandes écoulent leurs sécrétions "externes" par des canaux, comme le canal salivaire pour les glandes salivaires par exemple. D'autres glandes à sécrétion "interne" n'ont pas de canaux à leur disposition et écoulent directement leurs sécrétions dans le sang. Ce sont les glandes « endocrines » qui produisent les hormones. Les hormones participent à la régulation des fonctions du corps des êtres humains : on peut citer les hormones thyroïdiennes, qui stimulent l'activité des cellules et contrôle notre métabolisme de base, les hormones du pancréas comme l'insuline et le glucagon, l'adrénaline produite par les surrénales ainsi que les hormones stéroïdes. L'hypophyse, petite glande suspendue en dessous du cerveau, joue le rôle de coordinateur de la production de ces différentes hormones en adressant elle-même des hormones aux glandes "périphériques" comme les surrénales, les glandes génitales, la thyroïde etc.

- Le rôle des hormones.

1.- elles agissent sur la morphologie et la constitution physicochimique des cellules dont elles contrôlent la croissance.
2.- elles régulent l'utilisation par l'organisme des glucides, des lipides, des protéines, de l'eau…
3.- elles agissent au niveau de "cellules-cible", celles-ci recevant leur message au niveau de "récepteurs". Ceux-ci sont des protéines spécialisées qui reconnaissent le message moléculaire hormonal et le mettent à exécution dans la cellule-cible..

- Les stéroïdes :

Ce sont des composés, dérivés du cholestérol, produits par les glandes surrénales et sexuelles essentiellement.
Les principales hormones stéroïdes sont :

- Le cortisol (cortisone naturelle régulatrice du stress).
- L'aldostérone qui a pour fonction de retenir le sodium,
- Le sulfate de déhydroépiandrostérone ou S-DHEA dont la concentration sanguine est de loin la plus importante parmi ces hormones.
- Les hormones sexuelles : la testostérone (masculine) et les oestrogènes et la progestérone (pour le fonctionnement reproductif chez la femme).

  • C - Comment évoluent les hormones au cours du processus de vieillissement ?


Certaines hormones jouent un rôle très important dans le vieillissement. On peut citer l'insuline qui diminue avec l'âge. C'est pourquoi presque toutes les personnes âgées ont un diabète plus ou moins important en vieillissant. On a remarqué aussi qu'il y a une baisse de l'hormone de croissance. Quant aux hormones sexuelles, chez la femme c'est l'arrêt à la ménopause et chez l'homme une baisse plus progressive. Pour ce qui est des hormones surrénales (chez les femmes comme chez les hommes) on s'aperçoit qu'avec l'âge le cortisol reste relativement stable alors que la DHEA diminue.

La prolongation de la vie ne doit pas être examinée en évoquant unilatéralement une dégradation physiologique observée d'ailleurs jusque là à un âge beaucoup moins avancé que celui auquel on parvient aujourd'hui. Les possibilités de donner une vie satisfaisante personnelle, familiale et sociale aux individus très âgés semble être une tâche à la fois primordiale et accessible pour peu que les recherches s'y adonnent avec plus d'intensité qu'actuellement.



Conseils de longévité

C'est dans cet esprit que l'Organisation Mondiale de la Santé a décidé de faire de 1999 l'année des personnes âgées et le Docteur Gro Harlem Bruntdtland, son directeur général a récemment annoncé la célébration internationale du concept de la "longévité active" (active ageing), établissant un programme global de recherches global sur le vieillissement et la santé. La vie au cours de l'âge, dit-elle, dépend de ce que nous en ferons, et en particulier de l'état de santé avec lequel nous pourrons atteindre cette période d'une existence prolongée. C'est dire que dans notre pays les décisions doivent être particulièrement attentives à la situation, car les recherches biologiques et médicales sont relativement peu développées dans ce domaine, et l'enseignement de nos médecins souffre du manque de la reconnaissance universitaire de la discipline gériatrique. Les travaux doivent porter en particulier sur la prévention des maladies liées au vieillissement. On sait que les causes de décès des plus importantes relèvent actuellement du domaine cardio-vasculaire, mais un effort très sérieux dans ce domaine a déjà permis d'en réduire la fréquence et la gravité, et ce sont deux autres séries d'affections qui menacent d'être les plus graves à brève échéance. D'une part, les affections cérébrales, tout particulièrement neuro-dégénératives, dont la maladie d'Alzheimer est le prototype, et pour lesquels les travaux sur leur mécanisme de survenue, leur traitement et leur prévention s'imposent au premier rang.

D'autre part, les cancers, particulièrement fréquents au fur et à mesure de la progression de l'âge, et dont également l'étude des mécanismes, des traitements et de la prévention doivent être améliorés, tout particulièrement du sein, de la prostate, au niveau du tube digestif et du système lymphatique. Si certaines recherches sont déjà entreprises en France jusqu'à un certain point, bien que rarement en fonction du vieillissement de la population, il n'en est pas de même pour les travaux qui concernent l'amélioration de la santé des sujets âgés, pour obtenir une santé optimale, un successful ageing, permettant une activité et un bonheur personnels satisfaisant pour chacun, facilitant la vie des familles au sein desquelles coïncideront couramment quatre ou cinq générations, et permettant la réintégration des personnes âgées dans la société.



Ostéoporose

Cette question des recherches pour une prolongation de l'existence dans des circonstances satisfaisantes inclut des travaux sur les mécanismes fondamentaux du vieillissement, par exemple sur les télomères déjà citées (peu étudiés en France), sur la mémoire, l'ostéoporose, la physiologie musculaire dégradée, le système immunitaire, le vieillissement de la peau et des organes des sens etc. Les recherches appliquées corrélatives aux travaux fondamentaux porteront au moins pendant un certain temps, essentiellement sur des recherches de type pharmacologique, de supplétions hormonales, d'administration de produits corrigeant des défauts métaboliques. Les problèmes de la nutrition des personnes âgées devront être également examinés avec soin.



Système immunitaire

Les limites de la retraite, c'est-à-dire de l'exclusion sociale de la collectivité active, sont un problème qu'il faut prendre en compte, d'autant qu'il est de notoriété publique que souvent arrêter de travailler n'est pas favorable loin de là à l'état de santé. La révolution de la communication quasi concomitante de celle de la longévité pourrait apporter des réponses innovantes au phénomène d'exclusion : il serait par exemple envisageable de concevoir un programme permettant une réinsertion des personnes à la retraite dans la société, y compris pour leur permettre une activité responsable et rétribuée, grâce à un enseignement prodigué secondairement au cours de leur existence, et utilisant les ordinateurs pour participer à la vie créatrice et marchande de la société sans avoir physiquement à se déplacer. Il y a là un grand projet à mettre au point qui naturellement associerait les nouveaux moyens techniques de la communication et les conseils suggérés par de nouvelles recherches des sciences de l'homme.

Aussi, peut-on espérer une vie prolongée, en bonne santé, avec fonctionnement cérébral préservé à condition que l'on découvre des produits et des conditions permettant de maintenir nos mécanismes biologiques fondamentaux, ceux d'ordre général comme ceux de chaque organe et fonction métabolique.

Le problème se posera alors au niveau des individus pour savoir s'ils sont vraiment disposés à vivre plus longtemps. Il le sera aussi au niveau de la société qui n'est pas encore prête à faire que cette existence prolongée soit profitable à la fois à chacun et à l'ensemble. Les phases successives de l'existence 1) études 2) travail plus ou moins pénible et malheureusement mal accepté parce que ressenti comme une obligation à durée déterminée, 3) retraite-exclusion à l'écart de la vie de la cité, seront modifiés et cette séquence apparemment immuable bouleversée rapidement.

Il faudra résoudre tous ces problèmes. L'essentiel sera d'abord d'assurer un bon état physique au sens large du terme, évitant au maximum les handicaps et les incapacités. Il faudra inventer des modalités sociales qui assurent aux personnes âgées une vie intégrée dans la société, et supprimer (optionnellement) la barrière de la retraite qui impose d'être incapable au seul vu de la date de naissance. Cette réintégration dans la vie sociale des personnes âgées ne sera au début souhaitée que par une minorité, tant est fortement acceptée l'idée qu'il faut se reposer après "une vie de dur labeur".

Mais c'est beaucoup parce que les efforts de meilleure santé pour les personnes d'âge ont été jusque là insuffisants. L'espoir qui est permis, d'intégrer dans une vie active et heureuse les années les plus tardives, est peut être ce qui caractérisera le millénaire qui s'annonce.

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