La plupart des météoroïdes - des astres plus gros qu'une molécule mais plus petit qu'un astéroïde - ont été créé dans le système solaire, plus ou moins près du noyau d'un astre en cours de formation. Un jour ce corps s'est fragmenté faute de cohésion interne ou a explosé suite à une collision en libérant de gros fragments de plusieurs tonnes dans l'espace interplanétaire. Au fil des ans, leurs mouvements ont été perturbé par les champs gravitationnels des planètes.

Pallasite Imilac 1822, Atacama, Chili
Le géant Jupiter en particulier est à lui seul capable d'éjecter un astéroïde ou une comète de son orbite autour du Soleil. Il altère si bien sa trajectoire qu'il finit par l'infléchir au point de lui donner la forme d'une ellipse de courte période. Plongeant jusqu'aux planètes telluriques, ces débris traversent un jour l'orbite de la Terre pour finir funestement dans un désert ou sur le capot d'une voiture.
Cet article a été écrit en collaboration avec le Dr Carleton B.Moore du Center for Meteorites Studies de l'Université d'Arizona. Les photographies de cratères m'ont aimablement été communiquées par Janice Smith du Geological Survey of Canada, Natural Resources Canada.
Vers la fin des années 1950 mon père eut l'occasion d'assister à un phénomène exceptionnel dans le nord-ouest de l'Uélé, dans la République du Congo. Vers 22 h local, longtemps après le coucher du Soleil, alors qu'il préparait un barbecue à l'extérieur, il vit “comme la Lune tomber. Vraiment, la Lune tombait" me raconta-t-il. Il reconnu immédiatement la chute d'une météorite et quelques instants plus tard il vit la ligne d'horizon nord s'embraser d'une grande lueur. Il ne perçu aucun bruit, si bien que le phénomène lui paru plus étrange encore. Malgré mes recherches je n'ai trouvé à ce jour aucune de trace de cet objet ni aucun compte rendu de cet événement. Avis aux spécialistes...
La plupart des météoroïdes - des astres plus gros qu'une molécule mais plus petit qu'un astéroïde - ont été créé dans le système solaire, plus ou moins près du noyau d'un astre en cours de formation. Un jour ce corps s'est fragmenté faute de cohésion interne ou a explosé suite à une collision en libérant de gros fragments de plusieurs tonnes dans l'espace interplanétaire. Au fil des ans, leurs mouvements ont été perturbé par les champs gravitationnels des planètes. Le géant Jupiter en particulier est à lui seul capable d'éjecter un astéroïde ou une comète de son orbite autour du Soleil. Il altère si bien sa trajectoire qu'il finit par l'infléchir au point de lui donner la forme d'une ellipse de courte période. Plongeant jusqu'aux planètes telluriques, ces débris traversent un jour l'orbite de la Terre pour finir funestement dans un désert ou sur le capot d'une voiture.
Les plus gros météorites, pesant plusieurs centaines de tonnes, rentrent dans l'atmosphère sur une trajectoire inclinée à environ 45° et à plus de 30 km/s ( km/h) et ne s'y consument pas entièrement. En l'espace d'une minute le projectile percute violemment le sol en provoquant un immense cratère (Meteor Crater) ou l'érection d'une chaîne de montagnes (Gosses Bluff) par un effet similaire à celui qui se produit quand on lance un projectile dans de la boue. Si la météorite est très dense elle peut être enfouie au centre du cratère d'impact, mais si elle poreuse ou subit un freinage aérodynamique très important elle peut tout aussi bien exploser en milles fragments à quelques kilomètres d'altitude et se disperser sur des dizaines de kilomètres alentour (Sikholite Alin) ou exploser dans l'atmosphère en libérant toute son énergie sous forme de chaleur (Tunguska, Lugo).

Copyright Documents T.Lombry et SDG
Pour une raison qui demeure encore mystérieuse, la plupart des météoroïdes se brisent sous une pression dynamique inférieure à leur force de cohésion interne. C'est ainsi que la météorite de Peekskill qui tomba en 1992 pouvait résister à une force de pression de 30 MPa (300 atmosphères) mais elle se fragmenta sous une pression d'environ 0.7-1.0 MPa. Même chose pour le bolide de Lugo qui explosa en haute altitude. Pourquoi, nul ne le sait vraiment, bien que l'on soupsçonne que ces corps aient une structure interne assez fragile et poreuse, contenant probablement des cavités vides. Quoi qu'il en soit le Dr Zdenek Ceplecha de l'Observatoire d'Ondrejov en République Tchèque espère pouvoir bientôt nous donner une réponse.
Les événements de Peekskill et Lugo
Le cratère d'impact fait théoriquement 24 fois la taille de la météorite mais certains cratères peuvent atteindre une 30 fois cette taille si l'impulsion est très élevée et le corps très dense.

Copyright Documents NRCAN et LPI
La plupart des cratères d'impact passent inaperçus car ils sont recouverts depuis longtemps par la végétation qui les camoufle. Ils peuvent également être ensevelis sous le sable, noyés dans un lac ou par la mer. Des spécimens ont été récoltés sur les six continents, y compris aux pôles et l'on dénombre près de 1600 impacts dont 13 sont authentifiés comme étant d'origine extraterrestre. 140 autres sites le sont très probablement, suite à la découverte de signatures chimiques et minéralogiques typiques d'impacts à grande vitesse, mais aucune trace météoritique n'a encore été trouvée auprès des cratères
A consulter : Liste des impacts météoritiques terrestres
Une météorite peut aussi être découverte isolément, sans cratère d'impact alentour. Ainsi, perdue au milieu de la savane de Namibie, les chercheurs ont découvert un jour la météorite la plus lourde du monde, baptisée Hoba. A demi enterrée elle pèse 66 tonnes ! On comprendra que les scientifiques aient préféré la laisser sur place. Juste derrière elle vient la météorite de Ahnighito, une masse de 34 tonnes de fer qui tomba il y environ 10000 ans au Groenland. Après beaucoup de courage et de sueur pour la monter dans un navire, elle est aujourd'hui exposée au Musée d'Histoire Naturelle de New York.
Que nous apporte l'étude des météorites ? Selon le Dr John A.Wood du Centre d'Astrophysique de Harvard, “les météorites ont été formées dans la nébuleuse protosolaire par un processus à haute température qui forma les chondres et fit fondre le fer. Mais la nature exacte de cette nébuleuse et les processus qui s'y sont développés restent encore très mal connus”.
L'étude des météorites permet aux astrophysiciens de déterminer l'histoire de leur évolution et l'origine de l'objet hôte qui les abrita. En corollaire ils peuvent étudier en direct les reliquats d'une époque lointaine où le système solaire était à peine façonné, dans lequel débris et poussières étaient encore cours d'accrétion.
En effet ainsi que nous allons le découvrir, aussi étonnant que cela soit, nous savons aujourd'hui que certaines météorites récoltées sur Terre ont séjourné plusieurs milliards d'années dans un astre hôte puis, vraisemblablement suite à un impact plus violent que les autres, ont été éjectées dans l'espace avant de venir d'écraser sur Terre.
A partir de l'analyse isotopique on peut dire avec certitude que certaines achondrites découvertes en Antarctique sont originaires de la Lune car elles présentent une composition similaire aux roches ramenées par les missions Apollo entre 1969 et 1972. Une petite dizaine d'autres achondrites proviendraient de Mars. La majorité des milliers d'autres fragments recueillis à travers le monde sont probablement des éclats d'astéroïdes et quelquefois de comètes.
Leur classement n'est pas toujours aisé. On peut les regrouper dans trois grandes familles : les pierreuses ou rocheuses, les météorites mixtes (fer et roches) et les ferreuses. La plupart des météorites sont des chondrites, c'est-à-dire de vrais pierres tombant du ciel constituées de différents éléments.

La croûte en fusion qui caractérise les sidérites fait penser qu'une météorite est un corps chaud. D'autres la croît froide. Qu'en est-il exactement ? Une météorite qui tombe sur Terre subit un intense frottement aérodynamique dans les couches denses de l'atmosphère. Cette friction qui ne dure que quelques secondes fait fondre ou vitrifie la croûte de la météorite sur une profondeur qui ne dépasse jamais quelques dixièmes de millimètres.
L'intérieur de cette météorite reste donc à l'abri de toute altération et demeure d'un froid glacial suite à son errance dans le milieu interplanétaire où la température moyenne est proche de -200°C dans l'ombre.
En pénétrant dans l'atmosphère terrestre la partie externe de cette météorite se volatilise, emportant avec elle la chaleur, tandis que l'incandescence ne dure que le temps de traverser les couches denses de l'atmosphère, tout au plus quelques minutes, un délai insuffisant pour que la chaleur diffuse jusqu'au coeur de la météorite. C'est pour ces raisons qu'une météorite reste froide et garde intact les traces de ses origines.

Voici quelques années une météorite tomba en Australie dont ce fragment de 631g et d'un peu moins de 10 cm de côté. Très sombre, lisse et cratelée, sa croûte présentait les signes typique d'une fusion. Après analyse on découvrit qu'elle était presque totalement composée de pyroxène, un composant typique de la lave. Par ailleurs sa structure interne granuleuse et l'abondance de ses isotopes de l'oxygène n'avaient rien de commun avec les roches terrestres ou lunaires. Sa signature spectrale était en fait identique à celle de l'écorce de l'astéroïde Vesta. La plupart des fragments sont aujourd'hui exposés au Western Australian Museum. Copyright Document New England Meteoritical Services
La plupart des spécimens de météorites récoltés par le Dr Carleton B.Moore, directeur du Centre d'Etudes des Météorites (CMS) de l'Université d'Etat de l'Arizona mesurent entre 5 cm et 1 m. Le détail le plus frappant d'une météorite est son poids. Une météorite ferreuse, ou sidérite, est bien souvent 2 à 3 fois plus lourde que les roches terrestres de même taille, tandis que les météorites rocheuses ou pierreuses, appelées lithoïdes, n'atteignent que la moitié de la densité des roches terrestres de même gabarit. La surface d'une météorite est assez lisse et peu détaillée mais présente souvent des lignes, des sillons, des dépressions superficielles et des cavités profondes.
Un détail caractéristique des sidérites sont les dépressions superficielles connues sont le vocable des "empreintes digitales", car elles ressemblent à l'empreinte des doigts dans de la pâte molle. Celles qui sont tombées récemment peuvent présenter une croûte boursouflée, des chondrules superficielles qui témoignent des effets de la friction atmosphérique sur leur surface. En apparence cette croûte ressemble à de la cendre noire mais les intempéries lui donneront bientôt une coloration brune qui peut même disparaître complètement avec l'âge.

Photo 1 - La météorite de Willamette tombée en 1906 dans la Vallée de l'Oregon. Elle est exposée au Musée d'Histoire Naturelle de New York, AMNH/HAYDEN - Photo 2 - Météorite tombée récemment dans la Plaine d'Oman en Lybie. Elle est facilement identifiable par sa croûte noircie et son poids supérieur aux roches terrestres de même taille. Sa croûte sombre peut toutefois disparaître avec les intempéries. Document UARK.

L'un des plus gros fragments de la météorite de Mbale découvert en Ouganda le 14 août 1992. Il s'agit d'une chondrite de type L5-6. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une sidérite, noter sur sa croûte les dépressions sombres en forme d'empreintes digitales. A gauche le cratère d'impact. Documents de la DMS. Cliquer sur les images pour les agrandir.
Reconnaître une météorite sur le sol n'est pas chose facile, à moins qu'elle ne tombe en Antarctique sur la glace. Une météorite de plusieurs grammes se décompose en général en plus de 200 fragments. Dans une sélection aléatoire de météorites, un professionnel peut encore aisément séparer les sidérites des lithoïdes par le poids et l'apparence. Cela devient très délicat quand elles se trouvent parmi d'autres cailloux, d'autant plus s'il s'agit d'une météorite mixte, une sidérolithe, car elle sera composée d'éléments variés, de fer, de nickel, d'oxyde de magnésium, etc. Les fragments peuvent se confondre avec des scories brûlées, des concrétions d'oxyde de fer et des résidus manufacturés. On estime en effet qu'il existe aujourd'hui 170000 débris artificiels satellisés autour de la Terre de plus d'un kilo susceptibles de tomber sur Terre ! Dans la plupart des cas la nature chimique sera donc confirmée en laboratoire.

Copyright Documents NRCAN et LPI
L'étude microscopique visuelle permet de vérifier la nature de la météorite. Une cristallisation interne est typique des lithoïdes. Celle-ci n'a en effet rien de comparable avec les roches terrestres. Dans certaines conditions la vitrification disparaît avec le temps, empêchant les chercheurs de pratiquer une étude complète. Mais les concrétions qui persistent permettent de découvrir des composés organiques extraterrestres, très utiles pour comprendre l'évolution de la vie. Exceptionnellement, leur section peut présenter de larges inclusions colorées, de l'olivine ambre par exemple qui, une fois polie, leur donne une grande valeur marchande. C'est ainsi que des sociétés fort lucratives se sont constituées et que des chercheurs tels l'américain Robert Haag et le français Fabrice Kessler parcourent le monde à la recherche de ces véritables bijoux façonnés dans les forges du cosmos.
Cette famille de météorites est peu abondante, moins de 6% de l'échantillonnage, mais à qui sait les reconnaître et les traiter elles offre au regard une classe qui n'a d'égal que les pallasites.
D'aspect extérieur sombre, comme beaucoup de pierres la sidérite n'offre a priori aucun intérêt. Mais très lourde et sensible à l'aimantation, un spécialiste l'a reconnaîtra immédiatement dans un lot de roches amorphes
La coupe d'une sidérite présente en effet une structure caractéristique qui en fait tout l'intérêt : le motif de "Widmanstätten". Lorsqu'elle est coupée, son coeur mis à jour et sa surface polie puis soit attaquée à l'acide ou chauffée on découvre que la masse de fer est traversée par des lames de nickel et parfois d'autres métaux. Certaines contiennent un réseau enchevêtré de lignes dont l'orientation dépend du sens de la coupe. On ne retrouve plus les typiques grains cristallisés et juxtaposés des lithoïdes.

Les sidérites : Le motif de "Widmanstätten" est typique des sidérites. Notez les inclusions dans la sidérite IIIAB de Willamette. Cliquer sur les images pour voir les coupes entières. Documents NMNH et collection Nyrockman.
La seconde étape est l'analyse des composants. Elle nécessite un appareillage plus complexe. Elle se fait d'ordinaire au moyen d'un microscope électronique à balayage, qui reproduit en même temps les spectres d'émission X des atomes détectés. Une première approche peut s'effectuer par une attaque avec des produits chimiques. 91% des météorites sont composés de fer (à 87%). Ces sidérites contiennent également du nickel (12%), du cobalt (1%) ainsi que des traces de phosphore et de soufre. Elles sont réparties en 13 grandes catégories en fonction de leur teneur en métaux.
Ces sidérites ont été formées dans un lointain passé, dans le noyau d'un astre parent encore en fusion qui a différencié le fer des silicates moins denses et s'est ensuite refroidit. Le fer et le nickel se sont ensuite cristallisés pour donner le motif de "Widmanstätten", un des multiples agencements possibles du métal fondu.
Un conseil, si vous devez en acheter faites attention à leur conservation. Constituée de fer, souvent abandonnée à l'air libre dans une vitrine ou sur une étagère, le fer s'oxydera en l'espace de quelques années et votre belle sidérite commencera à rouiller. Prenez conseil auprès d'un musée ou d'un laboratoire de chimie afin qu'il vous procure un anti-oxydant avec lequel vous pourrez enduire la partie polie et prévenir ainsi un vieillissement prématuré. Je vous propose de consulter la page en annexe pour plus de détails. Préparation chimique d'une sidérite
Cette famille regroupe les météorites non ferreuses, c'est la plus importante avec près de 93% de tous les spécimens connus. Les lithoïdes regroupent les achondrites dont la croûte est lisse et les chondrites carbonées que l'on reconnaît à leur croûte boursouflée. Mais c'est l'analyse microscopique ou chimique qui est souvent déterminante.

Les lithoïdes ne contiennent pas de fer ni de nickel. Elles sont beaucoup plus fragiles que les sidérites et peuvent se désagréger au contact du sol. Constituée soit de matière différenciée soit totalement retraitée, elles sont formées par fusion puis recristallisation dans le coeur ou à la surface d'un astre parent. Il en résulte une structure et une minéralogie distinctes typique d'un processus igneux. Les achondrites contiennent surtout du silicium et des silicates tel l'oxyde de magnésium. On relève également des traces de chlore, de potassium, de scandium, de titane, de vanadium, de manganèse, etc. La présence d'enstatite leur donne une couleur interne blanche
Les pallasites, de la famille des mésosidérites, contiennent du fer et des inclusions de silicates, en particulier de l'olivine qui leur donne un aspect très coloré. Elles sont fortement convoitées et présentent une valeur marchande appréciable.

Esquel 1951, Chubut, Argentine
La datation isotopique donne aux chondrites un âge de 4.55 milliards d'années. C'est l'âge approximatif du système solaire. Elles sont donc les rares représentantes virginales de la matière première qui façonna le système solaire bien que, comme nous allons le voir, dans de nombreux cas leurs propriétés natales aient été altérées par la chaleur ou le froid. Leur étude se révèle donc particulière intéressante pour déterminer la composition primitive du système solaire.

Les chondrites
Ce type de météorite se compose de 15 à 75% de chondres (du latin "chondros" qui signifie grain de sable) sorte de petites inclusions claires composées d'olivine et de pyroxène dans différentes proportions et structures.
Par leurs propriétés et leur structure granuleuse particulière les chondrites nous donnent un indice précis quant à leurs origines. Les chercheurs les ont divisées en trois grandes familles :
Les chondrites ordinaires, les plus communes, contiennent à la fois des éléments volatils (gaz) et des éléments oxydés (fer, magnésium, etc) qui ont subit une cristallisation rapide, parfois sous forme liquide. Leur forme sphérique suggère également une gravité très faible voire absente. Ces processus font penser qu'elles ont séjournées à l'intérieur de la ceinture des astéroïdes et ont évolué dans un environnement à l'écart des planètes, loin des contraintes gravitationnelles.

Les chondrites enstatites présentent abondamment d'éléments réfractaires, signes de hautes températures. Elles ont été complètement réduites. Elles proviendraient donc de la région interne du système solaire.
Quant aux chondrites carbonées elles présentent le plus d'éléments volatils et sont également les roches les plus oxydées. Elles auraient été formées à plus grandes distances du Soleil.
Chaque catégorie de chondrite est ensuite subdivisée en sous-groupes pour distinguer certaines structures typiques de leur évolution.
Les chondres contiennent des éléments bien structurés que l'on a regroupé en 6 textures :

Les chondrites carbonées se subdivisent en trois grandes catégories en fonction de leur teneur en matière organique :
- Le type C1, contient des sulfates, de la magnétite de fer, du nickel et des silicates sous forme hydratée amorphe. Leur structure granuleuse prouve que la matière s'est agglomérée à basse température, inférieure à 500°C. Ces météorites contiennent jusqu'à 6% de composés organiques (carbone);
- le type C2, renferme du soufre et du fer sous forme hydratée. Ces météorites contiennent des chondres, petites inclusions d'environ 1 cm de diamètre. Elles contiennent 2.5% de carbone.
- le type C3, est moins hydraté que les chondrites de type C2 et contiennent beaucoup moins de carbone (0.5%).
Enfin les chondrites carbonées sont divisées en divers groupes pétrographiques :
- CI: Ivuna
- CK: Karroonda
- CM: Mighei
- CO: Ormans
- CR: Renazzo
- CV: Vigarano

A gauche coupe de la météorite d'Allende (CV3), à droite une chondrite carbonée tombée dans le Sahara. Noter les nombreuses chondres (alvéoles circulaires) et les inclusions de Calcium-Aluminium (à gauche, les deux grandes zones les plus blanches).
Les chondrites de types C1 et C2 renferment donc du carbone dont les molécules organiques sont quelques fois solubles dans les solvants organiques ou inorganiques. Des controverses passionnées ont été soulevées par les biochimistes H.Urey, G.Claus, B.Nagy et consorts à propos de soi-disant traces de microfossiles découvertes dans la météorite d'Orgueil, d'Ivuna et plusieurs autres chondrites carbonées. Ils avaient en effet découvert des sortes de microfossiles sphériques qui n'existaient pas dans les autres types de météorites qui rappelaient la structure compartimentée des cellules ou certaines algues. Mais jusqu'à aujourd'hui les expertises semblent indiquer que les composants insolubles ne contiennent aucune trace d'organismes, morts ou fossiles. Les rares chondrites carbonées pétillantes de vie que l'on a trouvé ne contiennent en réalité que du gaz carbonique dissout...

Une tentative d'explication se dégage aujourd'hui grâce à l'analyse spectrale qui révèle que les chondrites carbonées présentent un spectre infrarouge similaire aux composés aromatiques, telles que la suie ou la cellulose. Il semblerait que ces météorites se soient “charbonisées” en subissant une métamorphose identique à celle du bois de charbon.
Enfin, Roy S.Lewis et ses collaborateurs de l'Institut américain Enrico Fermi ont démontré que la plupart des chondrites contenaient un peu de poussière de diamant dans une proportion allant jusqu'à 780 ppm (Murchison). Cet élément s'est formé à l'extérieur du système solaire, dans une phase métastable lors de la condensation stellaire.
Les chondrites de type C2 contiennent également de petits noyaux de la taille du micron formés de grains de quelques dizaines de nanomètres de diamètre. Elles présentent également une teneur anormale du rapport des isotopes du néon Ne-20/Ne-22 par rapport à la constitution moyenne du système solaire. Ces découvertes indiqueraient que ces météorites ce sont vraisemblablement formées lors d'une phase gazeuse en-dehors du système solaire, sous les rayonnements des novae et des supernovae, il y a plus de 4.5 milliards d'années.
NB. Pour les anglophones, divers sites Internet traitent d'exobiologie et de l'étude des météorites dont celui de la NASA et ses centres spécialisés ainsi que Spaceref
D'autres chondrites dites métamorphiques (Ehole, Ethiopie) ont subi une transformation thermique à l'intérieur de la planète hôte qui les abritait pendant des millions d'années. Leur structure a été recristallisée et est très granuleuse.
Une catégorie intermédiaire rassemble les pallasites, des mésosidérites qui ont été formées à la limite entre le noyau et le manteau d'une planète hôte. Elles contiennent du fer et des inclusions de silicates (olivine, etc). Parmi les plus belles et les plus connues citons les pallasites d'Imilac et d'Esquel. Vu leur beauté et leur rareté elles représentent une forte valeur marchande qui se chiffre en milliers de dollars mais ne le dites pas au douanier...

Les météorties mixtes © Documents NMNH
Ces météorites métamorphiques venant vraisemblablement d'une autre planète, elles consolident l'idée que certaines d'entre elles nous viendraient directement de Mars. En effet, depuis 1981 les géologues ont découvert en Antarctique plusieurs météorites composées d'hydrocarbures polycycliques, les fameux PAH qui ne sont pas des acides aminés, âgés de 4.5 milliards d'années associés à des éléments organiques (carbonates). Le spécimen ALH 84001 en particulier sur lequel je reviendrai dans le dossier consacré à la bioastronomie ressemble fortement aux cailloux analysés sur la surface de Mars. Parmi les 22000 météorites récoltés par les professionnels et provenant de la ceinture des astéroïdes 17 spécimens sont originaires de Mars. Ces exemplaires très rares sont des météorites de la famille des SNC (Shergottite-Nakhlilite-Chassignite), nom formé par les trois premières météorites de ce type trouvées sur Terre.

Les météorties martiennes © Documents NMNH
La question a en effet soulevé bien des discussions. L'analyse de la croûte d'un météorite ne donne aucune indication sur son origine. Elle est fondue et ses éléments ont été réorganisés chimiquement ou physiquement. Elle ne témoignage que de la friction atmosphérique et de la nature de ses composants, plus ou moins volatils ou oxydables.
Le basalte dont la météorite est composée n'est pas non plus un indicateur très probant car il est commun à la plupart des corps célestes, sous différentes colorations, du gris clair au noir. Sa structure microscopique pourrait éventuellement nous mettre sur la voie. Ce sont en fait les gaz qui déterminent l'origine des SNC.
Les gaz atmosphériques emprisonnés dans les SNC au cours de la fusion présentent des propriétés similaires aux isotopes analysés dans l'atmosphère martienne par la mission Viking en 1976. Ces météorites contiennent de petites quantité d'eau dont le rapport isotopique de l'oxygène diffère de celui mesuré dans l'eau terrestre. Tous ces indices suggèrent non seulement que ces météorites viennent de Mars mais que cette planète contenait autrefois beaucoup plus d'eau, transformant ces SNC en carbonates.
Plus étonnant encore, après analyse il s'avère que l'échantillon ALH84001 contient des minéraux carbonés qui d'ordinaires précipitent en présence d'eau sous forme liquide. Il présente également des grains de cristaux de magnétites similaires en forme et dimension à ceux produits par certaines bactéries terrestres. Mais nous n'avons pas dit qu'il s'agissait des traces du métabolisme d'organismes vivants... La question est toutefois ouverte et souleva dès sa publication un large débat qui n'est pas encore clôturé.

La proportion des isotopes de l'oxygène 17O/18O dans les météorites (cyan et bleu) est différente de celle des roches terrestre et lunaire. Cela suggère que ces roches ne se sont past formée de la même manière que la Terre. Les météorites SNC proviendraient de Mars. Adapté de "Mission to the Moon", ESA
Cette dernière catégorie de météorites consiste en de petites sphérules colorées et vitrifiées de quelque millimètres à plusieurs centimètres de diamètre. Les tectites ont rarement été associées à la chute de météorites récentes mais certaines furent trouvées près de cratères météoritiques fossiles (Côte d'Ivoire, ex-Tchécoslovaquie). Les plus jeunes échantillons sont tombés sur Terre il y a plus de 600000 ans et certains remontent à 35 millions d'années.
Les tectites ont subies une double fusion et contiennent principalement des silicates et relativement peu de sodium et de magnésium. Elles s'apparentent à l'obsidienne terrestre d'origine volcanique mais présentent peu de métaux alcalins. Ces météorites tombèrent en essaims, formant des champs de tectites très localisés. On en retrouve sur l'île du Cap, au large du Ghana, dans la région qui va du Texas aux Caraïbes, au sud et à l'ouest de l'Australie, dans l'océan Indien ainsi qu'à Bornéo, au Viêt-nam, etc. Leur origine reste un mystère.

Les tectites
Pour expliquer la double fusion, plusieurs hypothèses ont été émises. L'une d'elle considère qu'avant d'arriver sur Terre, les tectites ont pu être éjectées suite à l'impact d'une météorite sur la Lune. Une autre théorie fait valoir l'éventuelle explosion d'une 10e planète qui forma les astéroïdes. Enfin, la plus probable à mon sens les lie à une vitrification terrestre survenue suite à l'impact d'une météorite; la première fusion survenue sous l'impact a réduit la roche à l'état de verre tandis que la seconde a pu se produire lorsque les ejecta ont été propulsé dans l'atmosphère et sont retombés sous forme de gouttes incandescente, n'affectant cette fois que les couches externes de la tectite.
Avis aux collectionneurs
Le Dr Carleton B.Moore nous rappelle qu' "une météorite est un objet rare et d'une valeur scientifique certaine. Le centre que je dirige se prête également aux analyses des particuliers. Il peut encore arriver que l'on rapporte un type inconnu de météorite et pour cette raison il est souhaitable que tous les spécimens récoltés nous parviennent, le temps de les analyser". Nous en prenons bonne note.
Un dossier préparé et publié avec l'accord de Thierry Lombry webmaster du site "Luxorion"
Toute reproduction partielle, texte et image est interdite sans l'accord de l'auteur voir sa FAQ