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Thierry Lombry
 

La toxicité de la poussière lunaire et martienne - 02/05/2007

Depuis 1969, année qui vit le débarquement de l'homme sur la Lune, nous n'avons eu de cesse d'imaginer qu'un jour nous établirions une base permanente sur notre satellite naturel. Ce rêve est aujourd'hui à notre portée si le projet du Président Bush Junior se concrétise d'ici dix ans.


L'empreinte du pied de Buzz Aldrin dans la régolite lunaire au cours de la mission Apollo 11 en 1969.
© NASA/Apollo 11/NSSDC.

Mais jusqu'ici les scientifiques ne se sont pas vraiment penchés sur les risques sanitaires qu'encouraient les astronautes au cours des explorations lunaires. Ce n'est que récemment que les pathologistes et les astrobiologistes se sont rendus compte que la poussière de régolite soulevée du sol, non seulement envahissait tout mais constituait un allergène tout aussi puissant et néfaste que le silicium, à l'origine de la maladie de la silicose que connaissent trop bien les mineurs.


L'équipage d'Apollo 11, Neil Armstrong, Michael Collins et Edwin (Buzz) Aldrin. Armstring et Aldrin se poseront sur la Lune dans la nuit du 20 at 21 juillet 1969, accomplissant l'un des plus rêves de l'homme.
© NASA/Apollo 11/NSSDC.

En vue des prochaines missions spatiales habitées, de nouvelles recherches visent à approfondir les effets que produit cette poussière ainsi que celle de Mars sur les astronautes et leurs équipements, histoire de ne pas mettre leur vie en danger. Ainsi comme nous allons le découvrir, le risque est loin d'être négligeable. Les spécialistes de la NASA gardent toutefois espoir et nous répondent que le problème peut être géré.

Ainsi que nous l'avons appris au cours des missions Apollo dans les années '60 et '70, la poussière lunaire est extrêment abrasive et omniprésente. En l'espace de quelques heures de travail à l'extérieur du module lunaire, toute la combinaison des astronautes, de la tête aux pieds, s'est couverte d'une fine pellicule de poussière grise, griffant les objectifs et corrodant les joints ainsi qu'en témoigne la combinaison d'Eugene Cernan présentée ci-dessous.

Par chance, le contact avec la poussière lunaire n'était que passager et n'occasionna jamais de graves problèmes. Mais si le projet du Président Bush de bâtir une base lunaire se concrétise, les astronautes qui vivront sur la Lune durant des semaines et des mois et travaillant des heures durant à l'extérieur ressembleront vite à des mineurs plutôt qu'à des scientifiques en combinaison blanche !


La combinaison de l'astronaute Eugene Cernan envahie de poussière lors de son séjour de 75 heures sur la Lune au cours de la mission Apollo 17. Après le vide, la poussière est le plus grand danger qu'encourent les astronautes séjournant sur la Lune.
© NASA/Apollo 17/NSSDC

Dans tous les cas ils devront trouver une méthode efficace pour éviter que cette poussière ne s'accumule dans les lieux de vie.

Pire, sous une exposition prolongée à l'environnement lunaire, les futurs astronautes courent le risque de constater la défaillance des engins mécaniques, des combinaisons spatiales, des sas d'aération voire même de subir des maladies pulmonaires.

Telle est la conclusion alarmante à laquelle est parvenu le Dr Russell L. Kerschmann, pathologiste depuis 1980 et spécialiste des sciences de la vie au centre de recherche Ames de la NASA au cours d'un atelier de travail sur la toxicité du sol lunaire intitulé "Biological Effects of Lunar Dust" qui s'est tenu en Californie du 29 au 31 mars 2005. Voyons les étapes de cette découverte, pour quelles raisons ces effets se manifestent et comment peut-on s'en prémunir.

Odeurs et symptômes suspects

Si nous connaissons effectivement les effets pervers de la poussière lunaire, jusqu'ici les scientifiques n'avaient pas vraiment porté leur attention sur les risques pour la santé qu'encouraient les astronautes. Les géologues qui avaient travaillé jusqu'ici sur les pierres lunaires n'avaient jamais indiqué la moindre toxicité ou risque associé aux manipulations en laboratoire des pierres de basalte.

Toutefois, deux événements sont significatifs. En décembre 1972, au cours de la mission d'Apollo 17, Harrison Schmitt et Eugene Cernan revenaient juste d'une longue exploration lunaire autour de la vallée Taurus-Littrow, située près de la mer de la Sérénité. Gravissant l'échelle métallique, des empreintes de poussière lunaire avaient marqué le plancher du module lunaire Challenger. Après l'avoir pressurisé et respirant l'air de l'habitacle, Schmitt fit remarquer : "Ca sent comme la poudre ici dedans". "Oui, n'est-ce pas ?", reconnu Cernan. En fait la poussière lunaire s'était transformée en aérosol odorant et planait dans la cabine qui se trouvait toujours dans un état proche de celui de l'apesanteur.

Un peu plus tard, Schmitt s'était plaint d'avoir été incommodé et légèrement malade suite au contact avec la poussière lunaire. Il avait eu une réaction allergique que ne manqua pas de noter le Dr Kerschmann. Ces symptômes qualifiés de "rhume des foins de la poussière lunaire" ont disparu le lendemain sans laisser de traces. Après avoir passé 75 heures sur la Lune et 12.5 jours dans l'espace, l'équipage revint sur Terre et on oublia pratiquement cette histoire.

Qu'est-ce que la poussière lunaire ?


- Régolite (fragments d'impacts météoritiques) de la taille de la cendre
- Taille moyenne de 19 microns (40% plus petit qu'un cheveux)
- Composition : SiO2 (44.72%) et Al2O3 (14.86%)
- Propriétés : magnétique, très poreuse, dentelée, tranchante, allergène

Mais par la suite, les sélénologues découvrirent que les échantillons lunaires ramenés sur Terre présentaient effectivement des propriétés particulières qui alertèrent les chercheurs.

Si nous voulons à l'avenir éviter ce genre de problème ou de plus graves encore que nous allons décrire, nous devons tout d'abord comprendre pourquoi la poussière se soulève-t-elle et reste en suspension au-dessus du sol lunaire.

Ce n'est pas seulement lié à l'effet de la faible pesanteur régnant sur la Lune car dans des conditions normales, la poussière retombe sur le sol comme sur Terre, le phénomène est seulement un peu plus lent comme en témoigne la poussière soulevée par les roues de la jeep lunaire.


Harrisson Schmitt aux commandes de la jeep lunaire d'Apollo 17.
© NASA/Apollo 17/NSSDC

Le 26 juin 2000, le Professeur Scott Robertson et son équipe du laboratoire LASP de l'Université du Colorado ont publié un article dans le magazine "Physical Review Letters" pouvant expliquer la lévitation de la poussière lunaire.

Robertson et son équipe sont partis de l'hypothèse que la lévitation de la poussière lunaire était provoquée par les photons ultraviolets issus du rayonnement solaire qui éjectaient des électrons des grains de poussière individuels, les chargeant positivement. Le même phénomène pouvait s'appliquer aux roches de surface, libérant des électrons et chargeant négativement les grains de poussière proche du substrat. Restait à démontrer cette théorie.

L'expérience de Robertson et son équipe consista à jeter des particules de zinc, de cuivre et de graphite de la taille de grains de sable dans une chambre sous vide illuminée par la lumière ultraviolette d'une lampe à arc. Les grains tombaient d'une hauteur d'environ 30 cm dans une coupe de Faraday qui mesurait directement la charge électrique de chaque grain. Chaque particule de poussière présentait globalement la quantité de charge positive attendue.


Echantillon de régolite ou poussière lunaire. Document Université de Washington à Saint Louis.

L'expérience suivante consista à placer une plaque de zircon près des grains en chute pour simuler l'effet des roches lunaires émettant des électrons sous les UV (photoélectrons). Cette expérience produisit des particules de poussière chargées négativement, ce à quoi nos scientifiques s'attendaient également.

Un physicien peut donc en conclure que si les charges négatives retombent sur la surface, une petite quantité de charges positives peuvent flotter à quelques dizaines de centimètres au-dessus de la surface. Les particules chargées positivement seraient maintenues en place dans une couche de moins de 30 cm d'épaisseur dans laquelle les forces gravitationnelles attirent les particules vers la surface lunaire tandis que la surface lunaire positive tend à les repousser.

Au final, ces expériences doivent permettre de simuler les effets de la poussière flottant par lévitation au-dessus du substrat. Complétées par la "fausse poussière", des simulants de régolite développés par la NASA, ces expériences permettent dès aujourd'hui de simuler en laboratoire la qualité et les propriétés de la surface lunaire et d'envisager les propriétés des matériaux de l'avenir qui devront protéger les astronautes lors des sorties extravéhiculaires.

Si nous parvenons à comprendre de quelles manières la poussière lunaire se charge, les scientifiques pourront mettre au point des méthodes afin de mieux protéger les lentilles des appareils photos et des futurs télescopes, les instruments abandonnés dans le vide de l'espace ainsi que la combinaison des astronautes des effets négatifs des particules chargées.

Kerschmann n'a jamais oublié l'incident survenu à Harrison Schmitt. Récemment il étudia les effets de la poussière minérale sur la santé humaine. Avec le projet de colonisation de la Lune puis de Mars, ces deux mondes étant très poussiéreux, l'inhalation de cette poussière peut être très mauvaise pour les astronautes, concède Kerschmann.

Harrison Schmitt confirme : "La poussière est le problème environnemental N°1 sur la Lune. Nous devons comprendre quels sont ses effets biologiques car il y a toujours un risque que la mécanique tombe en panne". En effet toute inhalation pourrait provoquer des accidents d'autant plus graves qu'il n'y a pas "d'hôpital de campagne" sur la Lune et pas moyen de se soigner avant un retour sur Terre, soit 5 ou 6 jours plus tard seulement. Ce problème doit donc être résolu avant les prochaines missions.


Microphotographie d'un fragment d'agglutinat de régolite mesurant 3 mm de diamètre récolté par Apollo 17.
© Brad Jolliff, Université de Washington à Saint Louis. Tous droits de reproduction interdit

On sait donc aujourd'hui que la poussière lunaire est dangereuse à respirer. Elle est semblable à la poussière de silice terrestre. C'est-à-dire que c'est une substance solide, cristallisée, plus abrasive que la cendre et qui peut provoquer la silicose, une maladie qui endommage les poumons et que certains mineurs de fond et les maçons ne connaissent que trop bien.

Cette poussière lunaire est mêlée à des morceaux de verre et de minerais connus sous le nom d'agglutinats qui ont été formés dans la chaleur des impacts météoritiques. Les agglutinats n'ont jamais été découverts sur Terre et les scientifiques s'inquiètent à juste titre que le corps humain ne pourrait peut-être pas les expulser efficacement s'ils sont inhalés.

Le quartz, qui est la principale cause de silicose, n'est pas chimiquement toxique : "vous pourriez le manger et ne pas tomber malade," dit l'astrobiologiste David S. McKay du centre spatial Johnson de la NASA, que nous connaissons déjà pour son analyse de la météorite martienne ALH84001. Mais, poursuit-il, "quand le quartz est fraîchement mêlé à des particules de poussière inférieures à 10 microns (5 fois plus petits qu'un cheveu moyen) et est aspiré dans les poumons, il peut s'enfoncer profondément dans les alvéoles pulmonaires où l'oxygène et le gaz carboniques sont échangés". Dans ces conditions, les poumons ne peuvent plus évacuer la poussière par les muqueuses ou la toux.

Trois exemples peuvent nous démontrer combien la silicose et les maladies associées sont fatales. Quand les globules blancs du système immunitaire commettent la bévue d'essayer d'engloutir ces particules tranchantes comme des rasoirs pour les conduire dans la circulation sanguine et les expulser de l'organisme, ils meurent découpés de toutes parts, telle une opération suicide.

Sous sa forme aiguë, la silicose remplit les poumons de protéines issues du sang et la victime suffoque lentement par noyade, présentant des symptomes semblables à la pneumonie.

Nous savons que des phénomènes similaires se produisent au cours des éruptions volcaniques tel le funeste destin que connurent les animaux vivants dans l'Est du Wyoming il y a 10 millions d'années et plus récemment les habitants de Pompéi après l'éruption du Vésuve en l'an 79. C'est donc peu de chose de dire que c'est une maladie grave, elle est même incurable et fatale.


Le pilote du module lunaire Harrison Schmitt rejoignant la jeep lunaire lors de son séjour sur la Lune au cours de la mission Apollo 17 en décembre 1972.
© NASA/Apollo 17/NSSDC.

Des mineurs de Virginie Occidentale sont morts d'avoir respiré de la fine poussière de quartz au cours de forages effectués à sec, alors qu'ils n'avaient été exposés que durant quelques mois seulement à cette poussière. Selon Kerschmann, "du point de vue de la santé, ce fut l'un des plus grands désastres professionnels dans l'histoire des Etats-Unis". Ceci n'arrivera pas nécessairement aux astronautes, nous rassure-t-il, mais c'est un problème dont nous devons avoir conscience et prévenir.

La poussière lunaire étant composée de silicium et de quartz, à notre connaissance elle n'est pas toxique. Mais comme la poussière de quartz d'une ponceuse, c'est un abrasif presque aussi efficace que la poussière de verre. Les astronautes de plusieurs missions Apollo ont pu constater qu'elle s'était accrochée à toutes les surfaces, griffant les optiques et le métal et qu'il était impossible ou presque de l'enlever. Une fois qu'elle a pénétré à l'intérieur du module lunaire, une partie de cette poussière peut facilement irriter les poumons, les muqueuses nasales et les yeux.


Grain de régolte de 0.1mm de diamètre récolté par Apollo 17.
© Université de Washington à Saint Louis. Tous droits de reproduction interdit

La poussière lunaire est donc dangereuse et pas seulement pour l'organisme humain. "Ses constituants ressemblent à de la cendre aux arêtes très coupantes et présentent des aspérités comme des crochets" dit David McKay. "C'est comme du Velcro", raison pour laquelle les astronautes éprouvaient tant de mal à la retirer. Elle peut s'accumuler dangereusement près des orifices ou sur les plates-formes, empêchant une bonne dissipation de la chaleur des pièces exposées en plein Soleil, ou entraîner des pannes mécaniques.

McKay et les autres intervenants à cet atelier ont suggéré pour limiter l'exposition des astronautes à la poussière, qu'on pourrait mettre à leur disposition des douches ou des systèmes électrostatiques pour extraire ces particules des combinaisons lunaires. Mais à ce jour de telles solutions sont anticipées car les recherches concernant les effets biologiques de la poussière lunaire doivent être approfondies.


Exploration de la Lune par Apollo 17.
© NASA/Apollo 17/NSSDC

Aujourd'hui on ne dispose toujours pas de réponse définitive concernant les effets et la toxicité de la poussière lunaire bien que les chercheurs aient étudié le sujet depuis 1972. Quant aux études faites à partir des échantillons lunaires ramenés par le programme soviétique Luna, elles ont toutes été rejetées par manque de crédibilité.


Empreinte du pas de Buzz Aldrin au cours de la mission Apollo 11 le 20 juillet 1969.
© NASA/Apollo11/NSSDC

Selon des estimations établies par Laurent Sibille du centre de vol spatial Marshall de la NASA, il faudrait ramener 100 tonnes de poussière lunaire pour dire de mener à bien une étude si on envisage une colonisation de la Lune. Grâce aux missions Apollo, les astronautes ont ramené à peine 1% de cette quantité et les 25 tonnes de simulants que la NASA a élaboré pour les chercheurs est à présent consommée, à l'exception d'un dernier seau disponible au centre spatial Johnson. Sibille et ses collègues encouragent la NASA et l'industrie aérospatiale à développer de nouveaux simulants aussitôt que possible.

Il y a également la question de la radioactivité du sol lunaire, un sujet que les scientifiques ont très peu étudié jusqu'à présent suite à la mise en veille du programme d'exploration lunaire. Si les scaphandres des astronautes, le module lunaire ou les futurs habitats fournissent de l'air et des moyens d'isolation en suffisance, leur épaisseur n'est pas suffisante pour stopper les rayonnements les plus énergétiques qui sont beaucoup plus rusés et peuvent pénétrer les tissus de bien des manières.

La surface lunaire est exposée en permanence au rayonnement corpusculaire émis par le Soleil et les étoiles proches (éruptions solaires et rayons cosmiques) et certains de ces rayonnements sont difficiles à stopper. Par ailleurs, en frappant la surface lunaire, les rayons cosmiques produisent un dangereux jet de particules secondaires dont des neutrons (radioactivité) juste aux pieds des astronautes. Tout ce rayonnement pénètre aisément dans les tissus et s'il transporte suffisamment d'énergie il peut endommager l'ADN, accentuant le risque de cancer et d'autres maladies.


Mesure des émissions de neutrons à la surface de la Lune. On distingue deux puits dans les régions polaires correspondant à la présence d'eau glacée.
© NASA/ARC.

Si la NASA envisage de coloniser la Lune d'ici une génération, le problème des rayonnements doit donc être résolu. Le risque de contamination apparaît en fait dès que les astronautes passent plus de quelques jours sur la Lune.Durant la campagne de 1998-1999, la sonde américaine Lunar Prospector avait déjà établi une première carte globale de la distribution du rayonnement neutronique de la Lune qui révéla quelques "points chauds" à fortes concentrations de neutrons dans les régions polaires en même temps qu'elle découvrait des traces de glace d'eau (une faible quantité de neutrons et un excès d'hydrogène, signature typique de l'eau, ici présente sous forme de glace).

Aujourd'hui la NASA envisage de lancer en 2008 une nouvelle sonde d'exploration baptisée Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO). Cette sonde spatiale devrait mesurer et cartographier le rayonnement neutronique de la Lune de manière plus précise, mesurer le rayonnement cosmique, rechercher des traces d'eau glacée et enfin établir une cartographie encore plus précise de la surface lunaire.

Un détecteur de neutrons baptisé LEND, partiellement financé par l'agence spatiale fédérale russe (RFSA), utilisant un isotope de l'hélium auquel il manque un neutron devrait permettre à cet instrument de détecter les neutrons émanant de la surface lunaire et mesurer leur niveau d'énergie. De cette manière LEND permettra d'améliorer la qualité des données déjà acquises et devrait permettre aux chercheurs d'estimer la fraction de neutrons potentiellement dangereux pour l'homme et la fraction inoffensive de faible énergie. La sonde LRO contient également un détecteur de rayons cosmiques (CRaTER).


Relevé de la distribution des neutrons de moyenne énergie (épithermiques) au pôle Sud de la Lune (à gauche). Dans les deux cas, mis à part quelques "points chauds" localisés, on remarque une faible concentration de neutrons de moyenne énergie et donc un excès d'hydrogène près des pôles. Cet hydrogène est la signature de la glace d'eau cachée au fond des cratères escarpés et des failles qui ne voient jamais la lumière du Soleil. Documents NASA/ARC.

Parallèlement aux mesures du rayonnement, LRO contient des objets en plastique qui simulent les propriétés des tissus organiques afin que les chercheurs puissent comprendre de quelles manières ces particules de hautes énergies pénètrent et interagissent dans le corps humain.

Le problème des rayonnements est propre à la Lune car au milieu de l'espace les radiations proviennent de toutes les directions. Sur la Lune, constituée d'une épaisse écorce de roches solides, on s'attendrait à ce que le sol constitue une bonne protection contre le rayonnement, mais ce n'est pas le cas.


Relevé de la distribution des neutrons de moyenne énergie (épithermiques) au pôle Sud de la Lune sur toute sa surface. Dans les deux cas, mis à part quelques "points chauds" localisés, on remarque une faible concentration de neutrons de moyenne énergie et donc un excès d'hydrogène près des pôles. Cet hydrogène est la signature de la glace d'eau cachée au fond des cratères escarpés et des failles qui ne voient jamais la lumière du Soleil. Documents NASA/ARC.

En effet, lorsque les rayons cosmiques et le vent solaire entrent en collision avec les particules constituants la surface lunaire (régolite), ils déclenchent de petites réactions nucléaires qui libèrent encore un plus de radiations sous forme de neutrons. En d'autres termes, la surface lunaire est radioactive !

Quelle est donc la pire des situations pour les astronautes : subir les pluies de rayons cosmiques venant du ciel ou les neutrons émis par le sol ? Selon Igor Mitrofanov, de l'Institut de Recherche Spatiale du SRFA et en charge du détecteur LEND, "les deux situations sont mauvaises" dit-il à un représentant de la NASA.

Ces études devraient permettrent aux ingénieurs d'établir un cahier des charges précis des protections anti-radiations à mettre en place afin de préserver la vie des équipages. Elles permettront de fabriquer des combinaisons, des habitats lunaires, des véhicules tout terrain et d'autres équipements plus résistants, en prévision de l'exploration lunaire.

Comprendre de quelle manière la poussière lunaire et la radioactivité du sol affectent les hommes est impératif pour les missions futures qui seront de plus en plus longues et de plus en plus nombreuses. Mais ainsi que le rappelle Russell Kerschmann,"à quel point est-ce un problème, nous ne savons pas, et ça constitue un problème". Nous aurons certainement un début de réponse vers 2010, à dix ans de la colonisation de la Lune si tout se passe comme prévu.

La poussière de Mars pourrait bien être plus dangereuse encore que celle de la Lune. C'est non seulement un puissant oxydant et irritant mécanique mais également un poison chimique.

Ainsi que nous l'avons évoqué en planétologie, Mars doit sa couleur rouge au fait que sa surface est constituée en grande partie d'oxyde de fer. C'est de la maghémite, une variété d'hématite ferromagnétique qui, attaquée par l'oxygène prend une couleur rouille. Mars contient également des oxydes de divers autres minerais.

Stein Sture, professeur de Technologie à l'Université du Colorado entouré de quelques scientifiques soupçonnent que le sol poussiéreux sur Mars pourrait être un oxydant si puissant qu'il brûlerait n'importe quel composé organique y compris les plastiques, le caoutchouc ou la peau humaine aussi salement que l'agent de blanchiment non dilué d'une lessive ! Beaucoup de femmes doivent certainement avoir connu cette expérience... Les astronautes des futures missions martiennes devront donc impérativement évacuer toute trace de poussière avant d'entrer dans les habitacles au risque de devoir faire face à de sérieuses allergies ou brûlures et la NASA travaille actuellement à ces solutions.

Mais puisque aucun échantillon de sol n'a jamais été ramené de Mars, Sture et ses collègues "ne savent pas avec certitude si cet oxydant est puissant mais il pourrait être assez méchant", conclut-il.


Aspect du désert de sable et de pierres en bordure du cratère Bonneville photographié par la rover Spirit le 12 et 13 mars 2004. Notez la poussière recouvrant tous les rochers situés à l'avant-plan.
© NASA/JPL/MER.

A ce propos, selon des données de la mission Mars Pathfinder, la poussière martienne pourrait également contenir des traces de métaux toxiques, y compris l'arséniure de chrome hexavalent, une substance toxique cancérogène décrite dans le film docudrama d'Erin Brockovich et des studios Universal sorti en 2000. C'est une conclusion étonnante à laquelle a aboutit le Conseil National de la Recherche américaine dans un rapport publié en 2002 par le Bureau d'Ingénierie Aéronautique et Spatiale (ASEB), intitulé "Safe on Mars: Precursor Measurements Necessary to Support Human Operations on the Martian Surface" et disponible auprès de la National Academies Press.

Le défi de la poussière martienne serait particulièrement aigu pendant les tempêtes de sables qui soufflent assez fréquemment sur Mars à hauteur de l'équateur. Fouettant les montagnes et balayant les plaines de poussières abrasives et toxiques, chaque tempête érode progressivement le substrat martien et dans ces conditions il est exclu de conduire une mission d'exploration ; la poussière s'inscrustera partout et il sera difficile d'installer un système de filtrage efficace. Comme les habitants du désert ou des côtes sablonneuses le savent bien, le sable et la poussière envahissent tout, et c'est un combat quotidien que les astronautes devront mener pour préserver leur santé.


Ces deux images prises à 10 jours d'écart montrent l'effet de l'accumulation de la poussière sur la rover Spirit. A gauche après un séjour de 416 sols ou jours martiens (5 mars 2005) sous les vents poussiérieux de Mars. A droite après nettoyage de la plate-forme 10 jours plus tard (426eme sol, 15 mars 2005). Le fait d'avoir enlevé la poussière sur d'autres éléments vitaux a également produit une élévation de la puissance des plaques solaires équipant la rover. La base de la plate-forme de calibration mresure 8 cm de côté. Document NASA/JPL/MER.

La NASA étudie actuellement les moyens d'atténuer ces risques en collaboration avec Masami Nakagawa, professeur associé au département de Technologie de l'Ecole des mines du Colorado. Ce projet vise à étudier les technologies telles que les enduits en couche mince capables de repousser la poussière des outils et des autres surfaces et les techniques électrostatiques permettant de secouer ou d'enlever d'une autre manière la poussière s'accumulant sur les combinaisons spatiales. Ce combat contre les éléments n'est pas gagné d'avance. Nous pouvons gagner des batailles mais sans doute pas la guerre, Mars porte trop bien son surnom.

A l'image de nombreuses recherches en matière spatiale, Kerschmann nous rappelle que ces technologies peuvent avoir des retombées au quotidien, sur Terre.

En effet, en développant des méthodes de prévention ou de nettoyage de la poussière, si cruciales sur la Lune et sur Mars, on pourrait également s'en servir pour protéger les personnes contre les poussières tranchantes ou toxiques présentes sur les lieux de travail.

Ces applications concernent par exemple la poussière alcaline soulevée par les lacs asséchés des déserts blancs, la poussière de bois des scieries, des marbreries, de certaines usines de faïence, des opérations de gravure et naturellement la poussière abrasive de quartz dans les mines.

Un dossier préparé et publié avec l'accord de Thierry Lombry webmaster du site "Luxorion." Toute reproduction partielle, texte et image est interdite sans l'accord de l'auteur voir sa : FAQ.

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