Retrouvez-nous sur Google+






Le 11 août 2011 à 08h27

Des moustiques sans sperme contre le paludisme

Par Bruno Scala, Futura-Sciences

Pour faire face au paludisme, fléau dévastateur, de nombreux espoirs de lutte sont placés dans l'utilisation de moustiques génétiquement modifiés. Une équipe de chercheurs a travaillé sur la mise au point de moustiques stériles, obtenant des résultats concluants.

Chaque année, le paludisme tue entre 1 et 3 millions de personnes soit environ un mort toutes les 30 secondes. On comprend pourquoi les scientifiques cherchent activement des solutions pour freiner voire éradiquer la propagation du paludisme.

Le principal responsable de ce fléau est le moustique Anopheles gambiae qui transmet l’agent pathogène (un protozoaire du genre Plasmodium) de la maladie. Le but des chercheurs est donc de diminuer les populations de moustiques. Jusqu’à présent, les produits chimiques représentaient la solution la plus commune mais pour des raisons sanitaires évidentes, les recherches portent de plus en plus sur des moyens de lutte non chimiques, en ayant recours à des moustiques génétiquement modifiés par exemple.

Nombre de morts à cause de la malaria en 2006, sur des populations de 1.000 personnes.
Nombre de morts à cause de la malaria en 2006, sur des populations de 1.000 personnes. © Organisation mondiale de la Santé, 2009. Tous droits réservés

Rendre les mâles stériles par modification génétique est une des solutions envisagées. Elle est sans danger pour les populations humaines et est en théorie particulièrement efficace. Si les mâles sont stériles, ils ne peuvent pas se reproduire et les populations de moustiques diminuent.

Des moustiques génétiquement modifiés

En revanche, la méthode est techniquement périlleuse. Il s’agit d’empêcher la production de sperme sans altérer les autres fonctions physiologiques de l’insecte. Concernant cette difficulté, il semble que les expériences de Janis Thailayil du College Impérial de Londres et ses collègues soient un succès.

En utilisant une technique moléculaire (l’interférence ARN) qui consiste à insérer un brin d’ARN dans les embryons de moustiques, les chercheurs ont provoqué la désactivation d’un gène essentiel pour le développement des testicules, annihilant ainsi la production de spermatozoïdes.

Non seulement cette manipulation génétique n’a pas altéré les autres fonctions physiologiques des moustiques mâles, mais les tests en laboratoires, décrits dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, ont en plus montré que les femelles réagissaient normalement à cette modification lors de la reproduction. Ce qui veut dire qu’une fois qu’elles se sont accouplées avec un mâle stérile, elles ne se rendent pas compte de la supercherie et ne se dirigent pas vers d’autres mâles.

Vers une production de masse ?

En outre, les femelles pondent un nombre normal d’œufs (non fécondés, bien entendu). À titre de comparaison, celles qui se sont accouplées avec des mâles stériles ont pondu dans 74 % des cas, avec une moyenne de 58 œufs, tandis que 83 % des femelles s’étant accouplées avec des mâles fertiles ont pondu, avec une moyenne de 49 œufs par ponte. Aucune différence significative, donc.

Bien sûr, les femelles qui ont pondu des œufs, qu’elles se soient accouplées avec un mâle stérile ou fertile, ont eu recours à des repas sanguins pour alimenter leur portée et ont donc potentiellement transmis le parasite responsable du paludisme. Mais c’est à la génération suivante que les résultats commencent à se faire sentir puisque les femelles pondent des œufs non fécondés.

Le problème majeur est qu’en l’absence de descendance, la modification génétique ne peut évidemment pas se transmettre. Ainsi, le défi est maintenant de produire des mâles stériles en grande quantité.

Ce sujet vous a intéressé ? Plus d'infos en cliquant ici...

Commenter cette actualité ou lire les commentaires

Les moustiques sans sperme : un moyen de lutte contre le paludisme. &copy;&nbsp;James D. Gathany, <em>Center for Disease Control and Prevention</em>, domaine public
Les moustiques sans sperme : un moyen de lutte contre le paludisme. © James D. Gathany, Center for Disease Control and Prevention, domaine public