Au début du mois de novembre 2004, la surveillance exercée sur les coquilles Saint-Jacques de la baie de Seine a montré qu'elles étaient contaminées par des toxines amnésiantes (ASP-Amnesic shellfish poison), à des taux supérieurs au seuil de sécurité sanitaire déterminé par la réglementation européenne.
Ce seuil est de 20 µg d'acide domoïque (AD) par gramme de chair de coquillage : les taux maxima observés dans les coquilles de la baie de Seine ont dépassé 50 µg sur plusieurs sites, ce qui a conduit l'administration à un arrêté de fermeture de la pêche aux coquilles sur l'ensemble du gisement. Depuis, les secteurs de pêche à la coquille de la baie ont été partiellement réouverts par la préfecture du Calvados.
Début décembre, la surveillance conjointe exercée par les Services Vétérinaires en criée et par l'Ifremer sur les gisements, a montré que les coquilles Saint-Jacques de la rade de Brest, étaient également contaminées par ces toxines ASP, à des taux compris entre 20 et 50 µg. La préfecture du Finistère a prononcé la fermeture des gisements de la rade de Brest et de Camaret.
Si ce phénomène semble nouveau, il doit cependant être restitué dans son contexte. La mise en œuvre d'une surveillance des toxines ASP est en effet relativement récente. Elle a démarré en 1999 en France, après que des cas de toxicité ASP aient été observés dans les coquillages de quelques pays européens. Ce suivi a conduit dès 2000, à la mise en évidence de toxines ASP dans certains coquillages, tels que les moules et les donaces en Bretagne. En 2002, les coquillages du littoral ouest méditerranéen étaient également touchés. Ces épisodes ont été formellement reliés à des développements importants de Pseudo-nitzschia, une micro-algue appartenant à la classe des diatomées, dont certaines espèces sont connues pour produire des toxines amnésiantes.
Les coquilles Saint-Jacques représentent cependant un cas à part puisque, considérées comme coquillages de pêche et non d'élevage, elles n'étaient pas soumises à l'obligation de surveillance relative aux phycotoxines. L'évolution de la réglementation européenne, ainsi que l'observation, dans divers pays européens et américains, de nombreux cas de contamination des pectinidés (coquilles Saint-Jacques, pétoncles), en particulier par des toxines paralysantes (dites toxines PSP ou Paralytic Shellfish Poison) et ASP, a conduit à la mise en place d'une surveillance spécifique.
Cette surveillance des pectinidés est effectuée de façon complémentaire par les Services Vétérinaires sur les coquillages sortis de l'eau (criées, marchés, import-export) depuis 2002, et par Ifremer sur les zones de production depuis 2003. Dans un premier temps, en 2003 et début 2004, les gisements de la baie de St Brieuc et de la baie de Seine, et ponctuellement ceux de la baie de Quiberon – Belle île, ont été surveillés sur zone : aucune toxine ASP n'y a été détectée.
Le phénomène actuellement observé est donc nouveau, et il convient de l'analyser pour comprendre et identifier son origine et les facteurs environnementaux qui l'ont induit. A l'heure actuelle, les observations du phytoplancton dans des échantillons d'eau prélevés sur zone en baie de Seine et en rade de Brest montrent une absence ou de très faibles concentrations de Pseudo-nitzschia. Mais des travaux espagnols ont montré que la décontamination ASP dans les pectinidés, et en particulier dans les coquilles St Jacques (Pecten maximus, la même espèce que celle présente en France), semble beaucoup plus longue que celle observée dans les moules par exemple.
Pseudo-nitozschia. (crédit : IFREMER)
Il n'est donc pas exclu qu'un bloom de Pseudo-nitzschia ait eu lieu en début d'automne en baie de Seine, et qu'il ait pu contaminer les coquilles avant l'ouverture de la pêche (celles ci n'étant pas surveillées en dehors des périodes d'ouverture). Ce bloom peut avoir échappé à la vigilance du réseau de surveillance littorale REPHY, s'il s'est développé au large et à une profondeur importante et qu'il y soit resté cantonné. La toxicité actuellement observée serait dans ce cas un résidu d'une contamination plus ancienne. Cette hypothèse semble également applicable au cas de la rade de Brest, pour laquelle le dernier bloom observé en surface date du mois de septembre. Ces hypothèses restent bien sûr à valider.
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