Le 11 avril 2007 à 07h19

Les fantaisies secrètes de Vénus la turbulente

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Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences Bookmark and Share

Avec son instrument sensible à une large plage de longueurs d'onde, Venus Express, en orbite autour de la sœur de la Terre, sonde l'atmosphère de haut en bas, de l'équateur aux pôles et de jour comme de nuit. Et l'on découvre une météo dantesque…

Voilà maintenant une année (terrestre) que la sonde lancée par l'Esa en novembre 2005 tourne autour de Vénus. Depuis qu'elle y est arrivée (le 11 avril 2006), ses instruments ne cessent de scruter l'atmosphère. Parmi les trois spectromètres embarqués, Virtis (Visible and Infrared Thermal Imaging Spectrometer) est aussi un imageur, doté d'un télescope. Sa mission est de dresser des cartes des différentes couches de l'épaisse atmosphère vénusienne. Il peut le faire grâce à sa triple sensibilité dans le visible, l'infrarouge et l'ultraviolet. L'infrarouge lui permettant d'étudier l'atmosphère de nuit, tandis que l'orbite polaire du satellite lui fait survoler toute la surface la planète.

C'est plutôt une carte des turbulences qui se dessine aujourd'hui, avec des vents de 400 km/h, des vortex énormes aux deux pôles et des turbulences gigantesques. On savait depuis longtemps que son atmosphère est extrêmement épaisse (la pression au sol est de 9,5 MPa, soit cent fois plus que sur la Terre), complètement opaque à cause des nuages omniprésents et constituée essentiellement de gaz carbonique (96,5 %) et d'azote (3,5 %). Avec un effet de serre sans commune mesure avec celui que nous connaissons sur Terre, la température au sol est d'environ 460 °C.

Des bulles à l'équateur

Cette enveloppe surchauffée tourne autour du globe à très grande vitesse, beaucoup plus vite que Vénus : elle en fait le tour en 4 jours terrestres alors que la planète ne tourne sur elle-même que très lentement, en 243 jours terrestres, soit plus d'une année vénusienne (224,7 jours). C'est ce que l'on appelle la super rotation, un phénomène encore mal expliqué.

Près des pôles, la circulation est en forme de vortex. Aux latitudes moyennes, les vents sont constants (plus de 400 km/h) et peu turbulents. Le tableau se complique près de l'équateur. Les vents très puissants n'y sont pas aussi stables qu'on le pensait. Ils se font chahuter par des turbulences locales (à petites échelles) ou régionales (à plus grandes échelles). Cette bousculade se lit directement dans la forme des nuages, qui créent par endroits des structures en bulles. On comprend l'origine de ces perturbations côté jour : la lumière solaire chauffe certaines couches de l'atmosphère, générant des cellules convectives, c'est-à-dire des vents verticaux. Mais les chercheurs sont surpris de les retrouver aussi côté nuit. Dans une région équatoriale nommée Alpha Regio, des structures nuageuses complexes, faites de creux et de crêtes orientés dans de multiples directions restent encore énigmatiques, mais pourraient s'expliquer par la topographie du sol.

Cette interaction entre les vents et le relief semble désormais devenue une des clefs pour comprendre la météo vénusienne, si différente de ce que nous connaissons sur Terre.

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Quatre images prises par Virtis le 24 septembre 2006 dans le proche infrarouge (1,7 micron) montrant les basses couches atmosphériques. L'échelle de gris indique l'opacité : ce qui est noir est transparent (il n'y a pas de nuages) et le blanc signale les
Quatre images prises par Virtis le 24 septembre 2006 dans le proche infrarouge (1,7 micron) montrant les basses couches atmosphériques. L'échelle de gris indique l'opacité : ce qui est noir est transparent (il n'y a pas de nuages) et le blanc signale les