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Le 23 décembre 2008 à 13h27

Un dinosaure très papa-poule

Par Jean Etienne, Futura-Sciences

Iconographie et cinéma nous ont habitués à des dinosaures effrayants et agressifs. Même lorsqu'il s'agit de les doux herbivores, allez savoir pourquoi… La réalité pourrait être tout autre, avec une certaine propension à protéger les petits au nid, comme la plupart des oiseaux de notre époque.

En 1993 déjà, un fossile dinosaure de l’espèce Oviraptor, qui vivait vers la fin du Crétacé, avait été retrouvé dans le désert de Gobi. Sa position ne prêtait à aucune équivoque : il protégeait bien une couvée d’œufs. Ce qui, soit dit en passant, rétablit une certaine justice puisque le nom de cet animal, qui signifie textuellement voleur d’œufs provient de ce que les paléontologues, en ayant découvert plusieurs spécimens à proximité d'œufs, pensaient qu’ils les avaient volés pour s’en nourrir…


Oviraptor. Ce dinosaure, comme tous les oviraptorosauriens, possédait des plumes et était vraisemblablement omnivore. Plusieurs auteurs affirment qu’ils étaient plus proches des oiseaux que l’archéoptéryx, mais ils ont tous disparu à la fin du Crétacé. Crédit : LeCire (Commons)

Une hypothèse à vérifier

David Varricchio, paléontologue à l’université du Montana, a comparé dans le détail trois espèces de dinosaures, Oviraptor, Citipati et Troodon, avec les oiseaux et crocodiles modernes, et publié ses conclusions dans la revue Science. Chacune d’entre elles comprend des représentants dont les fossiles ont été retrouvés sur des nids garnis d’œufs en grande quantité, parfois une trentaine. Varricchio et ses collègues se sont demandés s’ils pourraient établir une relation entre la taille de l’animal, donc son sexe, et l’importance de la couvée.

Une étude statistique portant sur 433 espèces d’oiseaux et de crocodiles vivants (Avian Paternal Care Had Dinosaur Origin) a déterminé que pour une masse corporelle donnée, les espèces pour lesquelles les mâles ont le mieux pris soin du nid avaient eu la plus grande couvée. Celles où la mère joue un rôle prépondérant viennent ensuite, tandis que les progénitures gâtées à la fois par papa et maman forment les couvées les moins nombreuses par nid.

Le biologiste Gregory Erickson, de l’Université de Floride, ajoute un nouvel argument à la théorie en démontrant que parmi les sept fossiles découverts à ce jour sur un nid, aucun ne présentait de signes de changement habituellement liés à la ponte, tels que des modifications de tissu médullaire. Il ne s’agit pas là de la preuve absolue que seuls les mâles couvaient, mais d’un indice en faveur de cette hypothèse.

Richard Prum, ornithologiste à l’Université Yale, affirme pour sa part qu’il n’avait jamais, auparavant, soulevé pareille hypothèse. Mais il reconnaît que le nombre croissant de découvertes de traits de caractère communs entre dinosaures et oiseaux, tels des plumes, rend cette conclusion raisonnable. Et de soulever une autre question : les dinosaures étaient-ils polygames ?

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Touchant spectacle du Crétacé. Source : ScienceMag
Touchant spectacle du Crétacé. Source : ScienceMag