Retrouvez-nous sur Google+






Le 9 octobre 2007 à 12h00

Piège d’ambre pour animaux aquatiques

Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

Comment des organismes vivant dans l’eau peuvent-ils se retrouver dans des gouttes d’ambre, c’est-à-dire de la résine fossilisée, extrêmement hydrophobe ? La réponse n’était pas claire, d’autant que le cas est exceptionnel. Mais des chercheurs sont tombés sur une collection complète dans un lac de Floride, avec des inclusions de bactéries aquatiques. De quoi espérer bien d’autres découvertes…

Examiner des organismes piégés dans un bloc d’ambre revient un peu à se lancer dans une enquête policière pour reconstituer un minuscule drame ayant eu lieu des milliers ou des millions d’années auparavant. Le scénario du crime reste toujours à peu près le même. Tombée d’un arbre ou coulant le long du tronc, une goutte de résine a touché le sol et un ou plusieurs petits animaux s’y sont englués. La résine s’est solidifiée, emprisonnant à jamais les organismes dans la position qu’ils occupaient au moment de leur mort. En se fossilisant, la résine devient ambre, et traverse les siècles.

Les paléontologistes ont ainsi à leur disposition une collection d’animaux, essentiellement des arthropodes (insectes, araignées, crustacés terrestres…), inclus dans une matière transparente et donc facilement observables. Une véritable aubaine. Exceptionnellement, des animaux aquatiques sont retrouvés dans de tels blocs d’ambre. Mais comment ont-ils pu arriver là puisque la résine provient exclusivement d’arbres, donc du milieu terrestre. Certains pensaient que les animaux piégés sont montés sur la terre ferme pour y pondre. D’autres imaginaient qu’un coup de vent les avait emportés loin de leur plan d’eau.


Le marécage de Floride où l’ambre a été trouvée. © Alexander R. Schmidt

Quand la résine de pin pêche au fond de l’eau

Pas du tout ! expliquent Alexander Schmidt et David Dilcher. Le premier est allemand et travaille au Museum für naturkunde de Berlin, l’autre au Muséum d’histoire naturelle de Floride. Les deux viennent de publier leurs résultats dans la dernière édition des Pnas (comptes-rendus de l’Académie des sciences des Etats-Unis). Du côté de Gainsville, en Floride justement, ces deux chercheurs ont exploré une zone marécageuse et y ont découvert une impressionnante collection d’organismes de différentes tailles emprisonnés dans des blocs d’ambre, datant du crétacé ou du début du cénozoïque (soit d’environ 65 millions d’années). Parmi eux figuraient de nombreux micro-organismes, bactéries et champignons microscopiques (comme les moisissures), ne vivant que dans l’eau douce. De plus, ces unicellulaires ont continué à vivre quelque temps dans la résine alors qu’elle n’était pas encore solidifiée.


Cet insecte aquacole (dytique peut-être) s’est un jour englué dans une grosse goutte de résine de pin.
© Alexander R. Schmidt

Lorsqu’elle touche l’eau en coulant depuis une branche, la goutte de résine se divise en trois fractions. Une partie se répand à la surface sous forme d’un film très fin. Quelques gouttes restent accrochées au bois et se solidifient en structures aplaties, en forme d’oreillers. D’autres gouttes se détachent et coulent, devenant un piège pour la faune et la flore vivant au fond de l’eau.


Une collection complète dans quelques gouttes d’ambre… © Alexander R. Schmidt et David Dilcher

Aux côtés des bactéries et des champignons, les scientifiques ont découvert quantités d’insectes (dytiques, gerris…) mais aussi des petits crustacés et un ver nématode. Ces animaux ont donc bien été piégés sur leur lieu d’existence et on peut espérer en trouver beaucoup d’autres, en cherchant un peu…

Ce sujet vous a intéressé ? Plus d'infos en cliquant ici...

Commenter cette actualité ou lire les commentaires

Un bloc d’ambre en forme d’oreiller, où dort pour toujours un insecte. © Alexander R. Schmidt
Un bloc d’ambre en forme d’oreiller, où dort pour toujours un insecte. © Alexander R. Schmidt