Alors que le nouveau virus de la grippe A(H7N9) frappe la Chine, une équipe de chercheurs annonce avoir élaboré un virus hybride extrêmement virulent. Selon eux, ce virus servirait à mieux prévenir l’arrivée d’une nouvelle pandémie. Des scientifiques s’inquiètent de cette création qu’ils jugent dangereuse et sans fondement.

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    Loin d'être bénigne, la grippe est responsable de nombreux décès chaque année. Outre les grippes saisonnières, ses différents virus sont à l'origine de plusieurs pandémies meurtrières à travers l'histoire, comme la grippe espagnole de 1918 qui a tué plus de 20 millions de personnes.

    Trois groupes de virus grippaux existent : A, B et C. Principalement transportés par les oiseaux, les virus de type A sont les plus virulents et peuvent être transmis à différents animaux, dont le porc, et à l'Homme. Ils sont d'autant plus dangereux qu'ils sont imprévisibles, car leur taux de mutation est particulièrement élevé. Ainsi, les autorités sanitaires craignent chaque année l'émergenceémergence d'une nouvelle souche plus virulente ou plus infectieuse que les autres. La dernière en date, appelée virus H7N9, sévit en Chine depuis la fin du mois de mars. Pour l'heure (mardi 7 mai dans l'après-midi), environ 130 personnes auraient contracté la maladie et au moins 31 en seraient mortes selon les autorités chinoises.

    Le virus de la grippe aviaire H5N1 est l'un des plus dangereux, mais sa transmission d’Homme à Homme n’est pas avérée pour le moment. © uafcde, Flickr, cc by nc sa 2.0

    Le virus de la grippe aviaire H5N1 est l'un des plus dangereux, mais sa transmission d’Homme à Homme n’est pas avérée pour le moment. © uafcde, Flickr, cc by nc sa 2.0

    Mais alors, comment mieux contenir une infection virale face à l'apparition de souches toujours plus redoutables ? Une branche de la virologie prend un chemin risqué, qui ne fait pas l'unanimité au sein de la communauté scientifique. La stratégie consiste à fabriquer en laboratoire des virus encore plus dangereux, afin de les connaître à l'avance, et de trouver ensuite les armes pour les combattre. C'est dans cette optique qu'une équipe de l'Académie chinoise des sciences agricoles a annoncé, dans la revue Science, avoir donné naissance à un nouveau type de virus de la grippe extrêmement virulent. Cette expérience n'est pas la première du genre, puisqu'en 2012, une équipe néerlandaise avait également créé un virus H5N1 très contagieux.

    Un virus hybride entre H1N1 et H5N1

    Pour fabriquer cet agent infectieux, les chercheurs ont mélangé les virus H5N1 et H1N1. Le virus H5N1virus H5N1, plus connu sous le nom de virus aviaire, est très dangereux chez l'Homme, provoquant la mort dans 60 % des cas. Heureusement, il ne semble pas se transmettre de façon interhumaine, ce qui a permis d'éviter une pandémie meurtrière. C'était sans compter sur le petit coup de pouce des chercheurs chinois... Leur création hybridehybride possède des gènes du virus H1N1 qui, lui, est hautement transmissible. Il avait d'ailleurs infecté environ un cinquième de la population mondiale durant la pandémie de 2009-2010.

    Les auteurs ont testé ce nouveau virus tueur chez le cochon d'Inde. Les résultats sont sans appel : il se transmet facilement via les voies respiratoires entre des animaux n'ayant pas de contacts directs.

    Un virus qui ferait 100 millions de morts

    Mais pourquoi fabriquer un tel organisme tueur ? Les résultats issus des expériences sur ce nouveau virus seraient une sorte de preuve de principe. On sait maintenant que si ces deux types de virus se rencontrent, ce qui peut arriver dans la nature, ils seraient capables de s'associer facilement pour former un hybride à la fois très dangereux et infectieux. « Cette expérience montre que les virus aviaires de sous-type H5N1 ont le potentiel requis pour devenir hautement contagieuxcontagieux chez les mammifèresmammifères, et en particulier chez l'Homme », expliquent les chercheurs. Selon eux, en connaissant le danger, il est possible « de mieux [se] préparer à une éventuelle émergence naturelle d'un tel virus et de s'appliquer à la fabrication d’un vaccin ».

    Certains spécialistes du domaine sont pourtant sceptiques et trouvent cet axe de recherche dangereux. Le virologue Simon Wain-Hobson, de l'institut Pasteur, rappelle que ce virus mutant aurait la capacité de provoquer entre 100.000 et 100 millions de décès. D'après lui, l'intérêt scientifique ne justifie pas les risques occasionnés par cette étude.

    Mais rassurons-nous, ce virus très virulent n'est pas encore dans la nature. Pour le moment, il est enfermé sous clé dans un congélateur...