Depuis plusieurs années, les trithérapies ont fait leurs preuves dans les pays industrialisés en matière de lutte contre le sida. Pourtant, en Afrique subsaharienne où vivent 70 % des personnes touchées par le VIH, l'accès à ces traitements reste extrêmement limité.
Leur coût et leur complexité, le manque d'infrastructures nécessaires au suivi des patients ou capables de délivrer régulièrement les médicaments expliquent en partie cette situation. De plus, l'efficacité des antirétroviraux pourrait ne pas être la même pour certaines souches du VIH présentes en Afrique et la réponse au traitement (résistance virale, effets secondaires, etc.), notamment chez les patients présentant un déficit immunitaire sévère, est encore mal connue. Ces facteurs sont considérés comme autant d'obstacles à de véritables programmes thérapeutiques en Afrique et justifient pour certains des interventions publiques exclusivement centrées sur la prévention sans y intégrer de traitements antirétroviraux.
Le gouvernement sénégalais a développé depuis 1998 un programme d'accès aux traitements contre le sida
À l'issue des 18 mois de l'étude, les résultats étaient comparables à ceux obtenus dans les pays industrialisés. D'une part, la plupart des patients (87,9 %) ont suivi la thérapie de manière régulière sur l'ensemble de la période de suivi. Et, contrairement à ce que l'on supposait, les difficultés financières ont relativement peu fait obstacle à l'observance du traitement. D'autre part, les chercheurs ont observé la même efficacité thérapeutique que chez les patients des pays industrialisés. En effet, après un an et demi de traitement, la charge virale est apparue quasi indétectable (inférieure à 500 copies/ml) dans 59,3 % des cas et le taux de CD4 a très sensiblement remonté (environ 180/mm3). La tolérance à l'égard des antirétroviraux a été globalement bonne, les effets secondaires observés étant peu importants, et deux cas seulement de résistance virale aux médicaments ont été recensés.
Cette étude prouve que les stratégies thérapeutiques développées dans les pays industrialisés sont également applicables en Afrique. En effet, l'initiative sénégalaise démontre que cette trithérapie s'est avérée efficace pour la majorité des patients, malgré un déficit immunitaire sévère avant la mise sous antirétroviraux et la présence de différentes souches du VIH-1. Il est par ailleurs important de noter que, contrairement aux résultats de plusieurs autres études menées en Afrique, l'apparition de résistances virales a été rare. Les chercheurs estiment que la qualité du suivi des patients sous traitement grâce à l'implication de travailleurs sociaux et la régularité de l'approvisionnement en médicaments ont contribué à cette efficacité. Au regard des excellents résultats obtenus pendant cette phase pilote, il reste maintenant à vérifier que ce traitement reste efficace sur le long terme et à plus grande échelle.
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