Il bat des ailes, lesquelles mesurent plus de quinze mètres – chacune ! –, et il ne réclame pas d’autres sources d’énergie qu’un homme (du genre sportif, tout de même). C’est un ornithoptère et il a vraiment volé.
L’immense oiseau mesure 32 mètres d’envergure mais ne pèse que 42 kilogrammes, soit un rapport bien meilleur que celui du grand albatros (3 mètres d’envergure pour une dizaine de kilos). Il est construit de main d’homme et plus précisément de main de Canadien : en l’occurrence une équipe d’étudiants de l’université de Toronto, qui ont baptisé leur grand bébé Snowbird.
Snowbird est un ornithoptère, c’est-à-dire un engin volant à ailes battantes, qui plus est mû par la seule force musculaire de son pilote. Bien sûr inspiré des oiseaux, le concept fascine de nombreux rêveurs depuis la nuit des temps et fait sourire pas mal de spécialistes de l’aéronautique, qui n’y voient qu’une impasse technologique.

Les multiples essais de vol battu déjà réalisés prêtent en effet au mieux à l’attendrissement devant des efforts qui évoquent les premiers temps de l’aviation. Mais, justement, l’obstination des pionniers du plus lourd que l’air, malgré les moqueries, a payé…
Pour y croire, il faut être un battant et ne pas partir battu…
La joyeuse bande du HPO, pour Human-Powered Ornithopter Project, partage manifestement des gènes avec les premiers créateurs de machines volantes et, pour parler d’actualité, avec l’équipe de Solar Impulse qui fait voler un avion solaire. Depuis 2006, ils travaillent dur pour associer fibre de carbone, bois de balsa et mousse. Le résultat est le Snowbird, construit dans la discrétion et qui a volé cet été. Une chaîne YouTube permet de suivre l'aventure du projet HPO, complétée par une généreuse galerie de photographies sur Flickr.
Le résultat est là : le Snowbird, avec son pilote Todd Reichert, a effectué plusieurs vols, dont le plus long, de 148 mètres, a duré 19,3 secondes. Sous l’œil de représentants de la Fédération aéronautique internationale, l’engin a officiellement montré ses capacités et un record devrait lui être attribué. Au début de novembre, le HB-SIA de Solar Impulse avait lui aussi été officiellement crédité de trois records pour un vol à énergie solaire (durée, altitude et gain d’altitude).
Depuis, le fragile engin a été accidenté et la remise en état de vol est problématique. L’équipe souhaite plutôt ne plus risquer de l’abîmer et le confier à un musée. Elle souhaite aussi en construire d’autres car « de nombreux points, comme le poids ou l’efficacité de la propulsion, peuvent être améliorés ». Quoiqu'il en soit, on peut désormais affirmer qu’il n’est pas impossible de faire voler un être humain avec un engin à ailes battantes et à force musculaire. CQFD…
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