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Yves Rossy, dit FusionMan, a réussi son pari. Largué d'un avion au-dessus de la France, il a traversé la Manche en volant grâce à ses deux ailes chacune munie de deux minuscules réacteurs. Pas de commande de vol, pas de gouverne, c'est le corps qui dirige la trajectoire : pour le pilotage, « c'est comme un gamin qui joue à l'avion ».
Vendredi 26 septembre en début d'après-midi, un Pilatus PC-6, spacieux avion suisse à ailes hautes chéri des parachutistes, décolle de l'aérodrome de Calais et grimpe jusqu'à 2.500 mètres. A 14 heures 06, un homme assis sur le pas de la porte latérale s'élance dans le vide. C'est Yves Rossy, qui porte sur le dos un étrange équipement. Dans les secondes qui suivent, il étend ses bras, qui portent des ailes, à la manière d'un Batman de cinéma, lui donnant une envergure de trois mètres. Allumés dans l'avion, les quatre petits réacteurs JetCat P200 de 22 kilogrammes de poussée le propulsent jusqu'à 300 kilomètres à l'heure puis l'homme-oiseau redresse la trajectoire et file vers l'ouest à 200 km/h. Direction, la Manche. Derrière lui, le Pilatus prend le même cap, accompagné d'un monomoteur Sukhoi.
Durant les quelques minutes du vol, Yves Rossy ne pilote pas. Il vole. Il n'est pas à l'intérieur d'un aéronef. Il n'est pas non plus accroché sous l'aile d'un deltaplane ou la voile d'un paramoteur. Ses ailes sont solidaires de ses bras et c'est son corps qui fait office de gouvernes. Il se redresse pour monter et se penche en avant pour descendre. Pour tourner, il avance un peu un bras et une jambe et se tord légèrement. Il navigue à vue et n'a d'autre instrument que ses yeux.
« Je suis en osmose avec les éléments »
« Au niveau du feeling, je peux imaginer qu'un oiseau, c'est ça, raconte le pilote suisse avec son délicieux accent vaudois. Il n'y a rien entre moi et le milieu. Je suis en osmose avec les éléments. » A peine cinq minutes plus tard, il survole le territoire britannique, 32 kilomètres plus loin. Ses douze litres de carburant sont consommés. A 14 heures 19, 99 ans après Louis Blériot, Yves Rossy, sous parachute (car s'il vole comme un oiseau, il atterrit moins bien), touche le sol anglais.
Homme-oiseau, homme volant, ou FusionMan comme il s'est nommé lui-même, Rossy mérite ces qualificatifs. Il est effectivement le premier à voler de ses propres ailes et avec son propre corps.
Techniquement, ce vol n'a rien de facile. Il a fallu tout mettre au point, depuis la structure des ailes jusqu'à la manière de sauter de l'avion et d'allumer les réacteurs. Pilote de ligne, ancien pilote de chasse, parachutiste à ses heures, Yves Rossy prépare méticuleusement cette technique sans équivalent depuis maintenant sept ans. Il a déjà volé plusieurs fois avec ses ailes à réaction et plusieurs prototypes se sont succédé.
Après cette belle réussite, le Suisse entend bien continuer à explorer ce domaine de vol inédit et confie qu'il se place dans les pas des pionniers de l'aviation, à qui il voue une admiration sans bornes.
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