Chez les oiseaux chanteurs, l’existence de variations entre populations est aujourd’hui incontestable et concerne de nombreuses espèces. Pour ne prendre qu’un exemple, le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), qui peuple les forêts d’Amérique du Nord, commence en général son chant par un sifflement assez long, suivi d’un autre sifflement plus bref ou d’un bourdonnement. Ensuite, les syllabes sont construites et enchaînées au gré des populations.
Cette construction laissée « libre » constitue le dialecte local, spécifique des habitants d’une même région et présentant des points communs avec les dialectes des voisins. Une fois installé, un dialecte est stable : au moins 26 ans chez le bruant à couronne blanche, chez qui on en a compté plusieurs dizaines !

Les sources de variations dans les chants sont en effet nombreuses. Composition des syllabes, emplacement dans la phrase, nombre de répétitions des syllabes et des trilles, longueur des pauses entre deux phrases… Le troglodyte de Caroline (Thryothorus ludovicianus) ajoute de l’exotisme : il peut commencer et arrêter ses phrases où il veut. On note d’ailleurs de nombreux cas de petites adaptations individuelles. Comme chez les dauphins, chaque oiseau chanterait le dialecte adopté par son groupe mais ajouterait quelques modulations personnelles. Ce qui n’est pas si étonnant. Après tout, on n’a pas encore trouvé deux humains ayant exactement la même façon de parler...

Les oiseaux ont donc des dialectes, mais sont-ils d’ordre culturel ? Tout semble le montrer. Ne serait-ce que le long apprentissage nécessaire à leur maîtrise complète. Certes, chaque oiseau qui sort de son œuf, même dans l’isolement le plus total, arrive à faire du bruit. Mais la structure exacte du chant, chez un oscine, n’est pas forcément innée. Pour beaucoup, il faut du temps avant de chanter parfaitement. Au contraire, un coq, qui est tout sauf un oiseau chanteur, cocoriquera toujours de la même façon, qu’il écoute ses congénères les pieds dans le fumier d’une ferme auvergnate ou qu’il grandisse seul sur la tourbe du Connemara.