Nous décrirons en premier lieu l'appareil et ses constituants puis les étapes de son fonctionnement. Le foret et la planchette sont les deux éléments principaux du dispositif. La corde de l'archet assure l'entraînement.
- Description de l'appareil
Le foret
Il s'agit d'un bâton de section arrondie dont les deux extrémités sont appointées. Ses dimensions sont très variables mais ceux que nous utilisons ont une longueur comprise entre 20 et 40 centimètres avec un diamètre compris entre 1 et 2 centimètres. Un foret de petit diamètre tournera plus vite mais développera moins de puissance qu'un foret de fort diamètre. Il s'agira donc de trouver un compromis avantageux (entre 1 et 2 centimètres suivant le bois).
La longueur du foret joue aussi un rôle. Cela influe sur le temps d'utilisation car un foret long sert plus longtemps ce qui est avantageux pour des bois mous qui s'usent très vite. Cette longueur ne peut pas croître indéfiniment car si le foret est trop long et trop fin, sa rigidité diminue et il vibre de façon gênante. La pratique nous a montré, de façon empirique, que la longueur optimale avoisine 25 centimètres. En dessous de 10 centimètres l'opération est possible mais pénible car il devient très difficile de maintenir le foret en place et de l'empêcher d'être éjecté de la planchette.. L'extrémité supérieure du foret doit être taillée en pointe pour limiter au maximum les forces de frottement. Il faut la retailler de temps en temps, mais pas trop pour qu'elle ne s'écrase pas au contact de la paumelle.
Appointer l'extrémité inférieure est aussi important mais pour des raisons exactement inverses car, en début d'installation, la pointe du foret ne doit pas glisser. Par la suite, quand le foret est correctement ajusté dans le trou d'amorçage qui vient de se creuser, les risques de dérapages se réduisent.
La planchette
On peut prélever cette pièce de bois dans une branche de 2 centimètres de diamètre, fendue dans le sens de la longueur, ou utiliser une planchette de 1 à 1,5 centimètres d'épaisseur. L'opération suivante consiste à découper une encoche triangulaire sur le bord de la planchette (1 centimètre à 1 centimètre et demi de profondeur sur autant de largeur). C'est là que viendra se déverser la sciure qui sera ainsi efficacement aérée. Il faut ensuite creuser un tout petit trou à la pointe de l'encoche là où viendra s'appuyer le fuseau qui ne doit ni glisser, ni déraper, ce qui peut arriver en début de rotation. L'ajustement forcé du fuseau sur la planchette réduit ensuite de plus en plus ce risque.
Remarque 1 : l'épaisseur de la planchette est importante ; l'expérience montre que quand elle est trop mince, le foret traverse le bois sans que suffisamment de sciure se soit amassée. Inversement, si la planchette est trop épaisse, il faudra tourner trop longtemps et attendre que le sommet du tas de sciure rejoigne le point de rotation du foret, là où la chaleur est suffisamment forte pour être efficace.
Remarque 2 : l'angle d'ouverture de l'encoche joue un rôle. Si l'angle de l'encoche est trop fermé il y a risque d'éparpillement quand on veut la dégager car la sciure a tendance à rester coincée.
La paumelle
Cette pièce sert à appuyer sur l'extrémité supérieure du fuseau maintenu perpendiculaire à la planchette. Nous utilisons un tronçon de métapode de bœuf mais beaucoup d'autres objets pourraient convenir : valve de lamellibranche, pierre plate, bloc de bois dur ou, à l'imitation des eskimos, vertèbre de gros poisson ou astragale de cervidés dont la forme est bien adaptée. L'os convient bien : c'est une matière dure et élastique qui se lisse à la friction en facilitant la rotation du foret. Une cupule caractéristique, avec de très fortes traces de carbonisation se forme rapidement au point d'appui.
L'archet

L'archet doit être assez rigide tout en conservant suffisamment d'élasticité pour permettre de compenser, au doigt, les variations de tension de la corde. Celui que nous utilisons, en bois, a une corde de 65 centimètres. Cette longueur assez grande a l'avantage de limiter le nombre d'allers et retours responsables des temps morts dans la rotation du foret (en diminuant la longueur il faudrait accélérer le rythme).
La corde
N'importe quelle cordelette résistante convient. Si l'on veut faire "authentique" on préférera un lacet de cuir ou du tendon animal.
- L'utilisation de l'appareil
Anticipons sur le choix des bois convenables en indiquant quelques couples assurant un résultat certain et rapide : peuplier-lierre, tilleul-tilleul, laurier-laurier ou laurier-lierre.

Débordé par la demande, nous avons pris l'habitude pour nos démonstrations grand public d'utiliser le pin (baguette de bois tourné du commerce avec des irrégularités dans l'efficacité car il faut éviter les bâtons trop résineux) frotté contre le lierre. Le résultat est bon mais bien meilleur avec le peuplier (non résineux). Normalement c'est très rapide (une fois acquise la coordination motrice du maniement de l'archet) et l'opération aboutit à une braise dans les 20 secondes. Nous décrirons ici les différents stades de la " chaîne opératoire ":
Remarque 1 : il vaut mieux incliner à 45° sur le foret, le plan archet-corde. Si l'on maintient cet angle à 9O°, la corde s'use et casse trop rapidement.
Remarque 2 : l'expérience nous a montré qu'il est commode d'appuyer la partie proximale de l'archet dans le creux de la main, 2 ou 3 doigts de la main droite placés entre la corde et le bois de l'arc permettent alors de moduler, en cours d'opération, la tension de la corde qui, parfois, a tendance à se détendre (nous utilisons 2 demi-clés pour attacher la corde : "nœud de cabestan").
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