L'évacuation de la population locale, effectuée dans un délai tardif, n'a évidemment pas suffit à enrayer les effets de la radiation. Très vite, les conséquences sanitaires ont été visibles, et ont perduré au fil des années. Hommes, femmes et enfants ont souffert et souffrent encore aujourd'hui des rejets radioactifs de la catastrophe, effets qui se transmettent malheureusement de génération en génération.

En dehors des brûlures et irradiations aiguës sur les personnes présentes sur le site au moment de l'accident, les conséquences sur la santé des populations susceptibles de résulter de l'accident sont principalement des cancers pouvant survenir plusieurs années après l'exposition et non spécifiques d'une exposition à des substances radioactives.
Études sur les pathologies liées à l'accident de Tchernobyl
D'autres pathologies sont évoquées qui, jusqu'à présent, n'étaient pas considérées comme associées aux expositions aux rayonnements ionisants. Leur observation sur des bases scientifiques est encore l'objet de débats. La mise en évidence de telles conséquences par des études épidémiologiques nécessite de mettre en place un dispositif performant de surveillance des différentes pathologies pendant de nombreuses années, au sein des populations exposées, ainsi qu'un contrôle de la migration de ces populations et des conditions de dépistage des maladies.
Ce qui a conduit l'IRSN à s'engager dans des programmes expérimentaux sur les expositions chroniques et de s'associer en 2003 à des programmes de suivi clinique de l'état sanitaire des populations concernées (Core, un programme mis en place de 2003 à 2008, dont a été tiré un rapport). La comparaison de l'incidence des pathologies entre les régions fortement exposées et les autres doit toujours être interprétée avec prudence. De façon générale, il est impossible de déterminer, par des observations directes, le nombre de décès par cancer provoqués par l'accident au sein de la population, cancers en excès par rapport au nombre de cancers spontanés dans la population. Des prédictions ont été réalisées dans le cadre de plusieurs études, et donnent des résultats théoriques dispersés et empreints de fortes incertitudes : les valeurs se situent entre quelques milliers et quelques dizaines de milliers de décès sur l'ensemble des personnes prises en compte dans ces études. Un tel niveau de risque est pratiquement indétectable par des études épidémiologiques ou par des statistiques officielles, compte tenu des autres facteurs de risque de cancer et du nombre important de décès par cancer survenant dans la population générale indépendamment de l'exposition aux retombées de l'accident de Tchernobyl.
Les populations à risques
En revanche, des conséquences sanitaires attribuables à l'accident de Tchernobyl doivent être recherchées parmi les populations spécifiques ayant reçu des doses plus élevées que l'ensemble de la population générale : les travailleurs du site et les personnels d'intervention ont reçu des doses comprises entre quelques centaines de mGy (milligray) et plus de 10 Gy (gray) ; environ 600.000 « liquidateurs » ont reçu des doses par exposition externe importantes, pas toujours bien connues mais estimées en moyenne à 100 mGy. Des études épidémiologiques auxquelles l'IRSN participe sont conduites actuellement au niveau international par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le National Cancer Institut (NCI) des Etats-Unis, pour déterminer le risque de leucémies ou de cancers de la thyroïde pour ces populations de liquidateurs.
Les populations qui vivaient dans les régions contaminées ont reçu des doses provoquées par l'irradiation externe à partir des dépôts radioactifs au sol (estimées en moyenne à 20 mGy et pouvant atteindre près de 400 mGy) et par la contamination interne résultant de l'ingestion d'aliments contaminés. En particulier, l'ingestion d'iode 131 dans les semaines ayant suivi l'accident a induit des doses élevées à la thyroïde ; ainsi, les enfants de Biélorussie qui vivaient dans les zones les plus contaminées ont reçu une dose moyenne à la thyroïde allant de 0,5 à 1,3 Gy. Une augmentation très importante de cancers de la thyroïde chez les enfants a été observée. Sur la période 1990-1998, en Biélorussie, en Russie et dans les régions les plus contaminées d'Ukraine, 1.800 cas ont été dénombrés chez les personnes qui avaient moins de 18 ans en 1986. Les données de 1999 à 2001 obtenues par l'IRSN dans le cadre d'une collaboration avec la Biélorussie confirment la poursuite de l'augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants au moment de l'accident, notamment chez ceux exposés avant l'âge de 5 ans. L'histogramme suivant indique l'évolution de la survenue de cancers de la thyroïde chez les enfants de moins de 15 ans pendant la période 1986- 2001 pour l'Ukraine et la Biélorussie. Les données russes concernent une population moins nombreuse et correspondent donc à un nombre de cancers plus faible.

Il faut aussi s'intéresser aux jeunes adultes, car ceux qui sont nés avant 1986, ont tous atteint la tranche d'âge de 15 à 30 ans. L'histogramme suivant indique les évolutions comparées des survenues de cancers de la thyroïde dans les tranches d'âge 0 à 14 ans et 15 à 29 ans en Biélorussie.

Les résultats des années 2000 et 2001 doivent être considérés comme préliminaires car il faut plusieurs années aux enquêteurs du registre pour s'assurer de la qualité des données transmises.
Conclusion des études sur les taux de cancers de la thyroïde
Les évolutions observées appellent les commentaires suivants.
Depuis plusieurs années, les efforts de l'IRSN visent à soutenir les registres de cancer de la thyroïde en Biélorussie, en Ukraine et dans les oblasts les plus contaminés de Russie. Une publication commune avec des chercheurs russes décrit la fréquence des cancers de la thyroïde pour la population de la région de Briansk, la plus contaminée de Russie. Les résultats indiquent une faible augmentation, comparativement à la population nationale, de l'incidence des cancers de la thyroïde chez les populations exposées à l'âge adulte, mais cette augmentation n'est pas liée à une augmentation de la dose à la thyroïde. Les résultats des études sur les liquidateurs, actuellement en cours, devraient apporter des éléments supplémentaires sur l'estimation du risque après exposition à l'âge adulte.
Les leucémies chez l'enfant
Dans ces mêmes pays, les taux d'incidence des leucémies chez l'enfant ont été comparés entre régions fortement et faiblement contaminées. Ces études descriptives n'ont pas mis en évidence d'excès de leucémie dans les régions les plus contaminées. Cependant, en 2001 une étude a conclu à un excès d'incidence des leucémies chez l'enfant exposé in utero dans les régions les plus contaminées d'Ukraine. En outre, en 2002, une étude cas-témoins, également menée en Ukraine, dans deux oblasts fortement contaminés, suggère une association entre la survenue de leucémies et le niveau d'exposition chez les enfants de moins de 20 ans au moment de l'accident.
Parallèlement aux études, sur le risque de leucémies chez le jeune enfant, des études cas-témoins sont également menées sur les populations de liquidateurs afin de vérifier si les cas de leucémies observés sur ces populations peuvent être en relation avec l'irradiation reçue dans les jours et mois qui ont suivi l'accident. Les études sur les liquidateurs sont menées dans un cadre international et coordonnées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et par le NCI.
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