1 - Irrigation, maïs et sécheresse
D'après plusieurs articles d' Elisabeth Chesnais.
Un récent rapport du MNHN confirme que la France aura du mal à se conformer à la directive-cadre européenne sur l'eau. Aujourd'hui, 50 % à 75 % des masses d'eau sont fortement dégradées. En 2000, l'UE adoptait la directive sur l'eau donnant 10 ans aux états membres pour parvenir à un « bon état écologique et chimique » de leurs eaux. Le bilan réalisé en France, fin 2004, par les Diren les agences de l'eau est inquiétant. Si 25 % des masses d'eau sont classées en « bon état probable », il apparaît que 27 % des eaux n'ont pas été classées, car elles ne pourront jamais atteindre l'objectif fixé par l'UE pour 2015.
Dans un rapport publié le 6 juin 2005, le MNHN affirme que ce bilan est incomplet : les mesures ne portent ni sur les micropolluants (dioxines, phtalates...) ni sur les polluants microbiologiques favorisés par la dégradation des milieux aquatiques (bactéries, champignons, prions, virus...). La loi sur l'eau, ne devrait pas changer la donne : le principe du pollueur-payeur n'y a pas été inscrit !
Cette loi refuse de s'attaquer aux pollutions agricoles de l'eau par les nitrates et les pesticides. En laissant carte blanche aux cultures d'irrigation, il laisse aussi se généraliser les grandes sécheresses de l'été.

Carte de la sécheresse de 2003
Le consommateur, qui paye plus de 80 % du budget des agences de l'eau, se voit reconduit dans le rôle du financeur des programmes de traitement de la pollution agricole et reste démuni face à la dégradation de la qualité de l'eau potable.
La Charte de l'environnement demande à chacun de « contribuer » à la réparation de sa pollution. Le projet de loi, lui, vient proposer une conception parfaitement grotesque de cette « contribution » : le secteur agricole financera 4% du budget des agences de l'eau alors qu'il est responsable pour plus de la moitié de la pollution des ressources aquatiques.
Pour distribuer une eau potable, il faut donc traiter. C'est en partie ce qui explique la flambée des factures d'eau et du prix du mètre cube. Pour freiner l'utilisation abusive d'engrais, à l'origine de cette pollution, les projets de loi sur l'eau élaborés par les ministres de l'Environnement successifs instituaient une taxe sur l'azote afin d'inciter le monde agricole à la modération.
L'inventaire 2002 (dernier publié) n'échappe pas à la règle : 80% des rivières et 57% des nappes souterraines sont contaminées par les pesticides. Seul point positif, les captages d'eau potable restent majoritairement protégés. Toutefois, 25% des prises d'eau contrôlées examinées par l'Ifen et destinées à la consommation nécessitent un traitement spécifique de pesticides. Bref, à lire ces résultats, difficile de croire aux efforts que la profession agricole et l'industrie des phytosanitaires assurent réaliser pour réduire la pollution de l'eau.
Eté 2005 La sécheresse et les agences de l'eau
La sécheresse est localisée dans les régions d'Aquitaine, du Midi-Pyrénées, des Pays de Loire, du Poitou-Charentes et PACA. Ces régions concentrent l'irrigation agricole et, notamment le maïs. Dans le S-O l'irrigation agricole représente plus de 90 % de la consommation totale d'eau en été soit au total 1 milliard de m3. Un constat hallucinant mais lucide s'impose : la carte de la sécheresse se confond avec la carte de l'irrigation agricole.
Ainsi, 44 % du mais grain français est cultivé en Aquitaine, en Midi-Pyrénées et en Poitou-Charentes, et 40 % du maïs fourrage français est produit en Pays-de-Loire et en Bretagne. Si l'on se penche, par exemple, sur l'agriculture du Midi-Pyrénées, on constate que les trois-quarts des surfaces irriguées dans cette région sont consacrés au maïs.

Maïs
Le Ministère de l'agriculture explique que dans ces territoires, les pointes de la demande agricole en eau se produisent en été et au début de l'automne, période correspondant à l'étiage des cours d'eau …. alors que d'autres besoins importants pour l'économie locale (tourisme, pêche) ne peuvent être satisfaits. Le partage de la ressource peut y prendre une tournure virulente. Le changement climatique pourrait être un facteur aggravant de déséquilibre.
2 - La gestion des agences de l'eau
Aucune incitation financière à diminuer l'irrigation. L'irrigation est six fois moins taxée en Midi-Pyrénées (très touché par la sécheresse) qu'elle ne l'est dans le Nord-Pas-de-Calais (aucune sécheresse). Ainsi, l'agence de l'eau Adour-Garonne, très concernée par la sécheresse, taxe l'irrigation à hauteur de 0,23 centimes au m³ alors que les agences de l'eau du nord, peu touchées par la sécheresse, taxent autour de 1,50 centimes par m3. Du point de vue de la politique environnementale et de l'équité, il n'est pas possible de proposer une justification rationnelle. En réalité, le processus décisionnel des agences de l'eau est très lié aux intérêts économiques locaux. Plusieurs institutions officielles ont dénoncé ce type de dysfonctionnements.
Notamment, le rapport au Président le République établi par la Cour des Comptes en 2003 passait en revue les résultats des différentes missions de contrôles opérées dans les agences de l'eau. Concernant l'irrigation le rapport souligne que « les conditions d'assujettissement des agriculteurs irriguants à la redevance illustrent à l'extrême, le peu de considération pratique accordé aux dispositions de la loi du 3 janvier 1992 (...) » qui a institué le principe d'égalité des citoyens devant la ressource aquatique. Ces constats factuels plaident pour une politique nationale de l'eau.
Le Ministère de l'agriculture a mené une étude en Poitou-Charentes : le rendement du maïs irrigué est supérieur de 30 % à celui du maïs non irrigué. En intégrant les aides de la PAC, le revenu avant impôt de l'irriguant est supérieur de 20 % à celui du producteur qui n'irrigue pas. Par conséquent, l'agence de l'eau Adour-Garonne ne peut pas (quantitativement) inciter les agriculteurs à modérer leur consommation d'eau par une diminution des surfaces irriguées. Il est désormais établi que l'eau devient une ressource rare en France.

Bassin Adour-Garonne
En plus l'association générale des producteurs de maïs (AGPM) s'oppose à un changement de la gestion de l'irrigation. Les arguments avancés témoignent d'une inconscience certaine doublée d'un très piètre sens de l'observation : « la France est en zone tempérée et l'on peut s'attendre à un printemps pluvieux, voire à un été arrosé, qui limiteraient ainsi les besoins des cultures en irrigation »
Sur le fond, l'AGPM s'oppose à la mise en place d'un système incitatif de redevance : « le stockage de la ressource en eau doit être une priorité stratégique pour l'état français (...). La loi sur l'eau doit être l'occasion d'inscrire cette priorité de façon ambitieuse
». Les irriguants voudraient en fait que soient construits des barrages pour stocker l'eau l'hiver et l'utiliser lors des périodes de sécheresse. Cette proposition, qui est actuellement relayée par le ministre de l'agriculture, constitue une aberration économique et environnementale.
3 - Un cas d'étude en France : la Bretagne.

Carte de l'eau en Bretagne
Sur cette carte les points verts : peu de pollution (nitrates) les points orange : beaucoup et les rouges dépassent les normes.
Extraits de la présentation du rapport de la Cour des comptes : 2002
L'objectif fondamental de la politique de l'eau est de préserver la disponibilité de la ressource, tout en assurant l'égalité des citoyens devant ses multiples usages. Il s'agit donc de garantir aux consommateurs que l'eau brute répond aux critères de qualité fixés par la loi, et de maintenir le milieu aquatique dans un état écologique compatible avec les autres usages de l'eau.
Les principes d'action retenus par le législateur pour préserver la ressource en eau obligent les pouvoirs publics à privilégier l'action préventive pour réduire les pollutions dès leur origine, et à faire supporter aux responsables de cette détérioration tout ou partie du coût des actions mises en place.
Au vue des politiques engagées depuis dix ans en Bretagne, aucun de ces principes n'a été respecté. En effet, les cours d'eau et les nappes de Bretagne sont aujourd'hui fortement dégradés par l'activité agricole, au point qu'une prise d'eau sur trois contrevient aux normes de qualité fixées par la réglementation.
Ce processus est amorcé depuis trois décennies, sans qu'une politique suffisamment volontariste ait pu le freiner : les actions mises en œuvre en Bretagne depuis 1993, époque d'une première prise de conscience, se sont ajoutées sans parvenir à démontrer de résultats, bien que des fonds publics d'un montant supérieur à 310 M € aient été engagés. (...)
Les actions engagées en Bretagne se sont attachées à convaincre les seuls éleveurs, alors que ceux-ci ne constituent que les maillons de filières fortement structurées et intégrées. Les déséquilibres du modèle breton sont d'abord le produit d'un système agro-alimentaire. Enfin, le principe selon lequel celui qui pollue doit payer est resté inappliqué : la charge financière de ces actions a été, soit supportée par l'ensemble des collectivités concernées, soit reportée sur les consommateurs d'eau, par le prix qui leur était facturé.
Ces insuffisances sont exemplaires. En effet, si la situation des eaux bretonnes est particulièrement critique, d'autres régions, voire d'autres milieux, rencontrent dès à présent ou rencontreront à brève échéance des problèmes comparables.
L'année 2003 a été marquée par un déficit hydrique (sécheresse) très marqué de mars à octobre associé à une canicule exceptionnelle en août. La reprise tardive des écoulements a limité la recharge des nappes souterraines lors de l'hiver 2003-2004. Cette sécheresse a occasionné des eutrophisations de retenues dont les eaux se sont avérées difficilement potabilisables.
Les réseaux de surveillance de la qualité des eaux superficielles ont montré une stabilité de la teneur moyenne en nitrates avec 27,8 mg/l en 2003. Les pics de produits phyto-sanitaires sont globalement en régression. La présence de glyphosate et de son produit de dégradation l'AMPA augmente.Les surfaces d'échouages d'ulves et les valeurs ramassées sont en régression avec 53 700 m3.
Les ventes d'azote minéral diminuent et l'Etat renforce ses actions régionales en matière d'application de la réglementation.
L'année 2003 confirme les progrès obtenus en 2002, mais ces résultats sont encore insuffisants pour atteindre les objectifs de la Directive Cadre sur l'Eau.
La Bretagne détient une très large part des prises d'eau superficielle non conformes en France. Le contentieux avec l'Union européenne, qui a conduit à la condamnation de la France le 8 mars 2001 pour non-respect des limites de qualité requises pour les eaux superficielles, et dont l'un des griefs était l'absence de plans de gestion notifiés, a rendu urgente la nécessité d'y remédier.
Les non-conformités en Bretagne portent sur les paramètres nitrates, oxydabilité (matières organiques), pesticides et dans une moindre mesure, la microbiologie.
L'excédent d'azote rejeté dans les eaux bretonnes, qui est charrié vers la mer, est actuellement estimé à plus de 110.000 tonnes d'azote par an. Il est donc important de réduire au plus vite cet excédent, qui est en grande partie à l'origine des phénomènes d'algues vertes sur le littoral breton.

Marée verte
Les "marées vertes" sont constituées par des proliférations d'algues chlorophycées, des ulves le plus souvent, des entéromorphes parfois. Elles ont lieu chaque printemps et été dans plusieurs zones côtières européennes : Limfjord et fjord de Roskilde au Danemark, Veerse Meer en Hollande, lagune de Venise, etc... En France, les développements ont lieu dans les lagunes de la côte languedocienne, dans le bassin d'Arcachon (il s'agit alors de l'espèce Monostroma obscurum), et surtout sur une cinquantaine de plages bretonnes. C'est cette dernière manifestation d'eutrophisation, causée par les espèces Ulva armoricana et Ulva rotundata, que le département Dynamiques de l'Environnement Côtier a étudiée au cours des 15 années passées.
-- Lire le dossier : Marée verte et nitrate
-- Le dossier sur les algues : Première lignée végétale

Baie de Saint-Brieuc
La baie de Saint-Brieuc est sans aucun doute l'un des secteurs du littoral français dont l'environnement marin est aujourd'hui le mieux connu. Les principales caractéristiques du milieu et des activités halieutiques, ont été décrites et analysées:

Baie de Saint Brieuc
Cette synthèse constitue un état de référence qui devrait permettre d'appréhender les changements qui pourront s'opérer dans la baie, autant sous l'influence des facteurs naturels qu'en réponse à des activités anthropiques.

Reconquête de la qualité de l'eau - Cliquez pour agrandir la carte
Reconquête de la qualité de l'eau
Les programmes d'action départementaux contiennent les mesures suivantes :
Obligation de fertilisation équilibrée : plafond d'apport de 170 kg d'azote organique par hectare de surface épandable et par an sur son exploitation.
.
.
.
.

Légumes
La Bretagne est particulièrement concernée par ces dispositions. Pour améliorer le plus rapidement possible la qualité des eaux brutes, et répondre ainsi au contentieux européen mettant en cause 39 prises d'eau en Bretagne mais aussi aux obligations de notifier des plans de gestion de la ressource en eau, il est instauré des mesures visant à réduire le lessivage de nitrates vers les cours d'eau et à diminuer la pression azotée : l'obligation de couverture des sols en période de lessivage,le maintien de l'enherbement des berges, l'interdiction d'apport d'azote après retournement de prairies de plus de 3 ans, la limitation de la fertilisation azotée organique et minérale à 210 kg d'azote par hectare, l'interdiction d'augmenter les effectifs animaux des élevages et de créer de nouveaux élevages
Les exploitations excédentaires doivent mettre en œuvre tout moyen utile pour résorber leur excédent . Oui mais… le problème se déplace maintenant en Loire-Atlantique et en Vendée qui commencent à connaître les mêmes problèmes…

Choux fleurs
Ces produits sont toxiques à terme et le principe de précaution n'est pas appliqué ici.
"Nitrates, nitrites, N-nitrosamines et cancers gastriques dans le Finistère : approche expérimentale" Gwenaëlle BELLEC (Faculté de Médecine - Brest)
L'incidence des cancers gastriques dans le Finistère est deux fois plus élevée qu'à l'échelon national. Cette région est par ailleurs caractérisée par les concentrations élevées de nitrates retrouvées notamment dans l'eau de boisson. Une fois ingérés, les nitrates sont partiellement réduits en nitrites, agents précurseurs de dérivés N-nitrosés potentiellement carcinogènes. Ces constats fondent l'hypothèse d'un rôle des produits de biotransformation des nitrates alimentaires dans la genèse des cancers gastriques, à côté d'autres facteurs de risques environnementaux possibles (consommation d'alcool et de tabac notamment). Gwenaëlle Bellec a étudié le mécanisme moléculaire de la carcinogénicité des nitrosamines in vitro, à partir de préparations microsomales hépatiques de rats, puis humaines. (…) Gwenaëlle Bellec a également déterminé par dosages chromatographiques les taux de N-nitrosamines contenus dans le liquide gastrique de patients. Les résultats de ces mesures montrent que le pH gastrique est un facteur déterminant dans la formation de composés N-nitrosés, la nitrosation s'effectuant de manière prédominante, soit à pH très acide (condition favorable à la cinétique de la réaction), soit à pH proche de la neutralité (condition favorable à l'activité bactérienne de réduction des nitrates en nitrites). L'étude des dommages aux protéines constitutives de la paroi gastrique a également été réalisée chez des patients. La majorité des biopsies gastriques contenant de la nitrotyrosine sont issues d'estomacs ayant un pH proche de la neutralité. Ceci implique que la nitration des protéines s'opère plus aisément à pH neutre. L'ensemble de ces résultats conduit à une meilleure compréhension des mécanismes mis en cause dans la toxicité des produits de biotransformation des nitrites et nitrates.
Actualités |
Dossiers |
Glossaire |
Fonds d'écran |
Livres |