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Claire König
 

Géopolitique et guerre de l'eau - 25/05/2006

Carte blanche à : Claire König
Enseignante Sciences Naturelles

Il apparaît plus urgent que jamais de recenser les dispositifs de protection des ressources en eau et des équipements liés à l'eau (et au pétrole, mais, bien que cela puisse concerner les mêmes régions, ce n'est pas notre sujet) pendant les conflits. Les 2 cartes suivantes donneront un aperçu du problème actuel concernant les ressources en eau, l'irrigation et les zones de conflits potentiels.


Ressources en eau par an et par habitant en mètre cube, en 2020

Ressources en eau dans le monde actuellement
Ressources en eau dans le monde actuellement - Cliquez pour agrandir la carte

L'eau : arme et cible militaire.

L'histoire de l'humanité est émaillée d'exemples, de toutes les régions du monde, illustrant l'utilisation de l'eau comme instrument ou cible lors de conflits. Pour n'en citer que quelques-uns :

  • En 596 av. J.-C., pour mettre fin à un siège interminable, Nabuchodonosor détruit une partie de l'aqueduc qui approvisionne la cité de Tyr.


  • En 1503, lors de la lutte que mène Florence contre Pise, Léonard de Vinci et Machiavel ambitionnent de détourner le cours de l'Arno, pour couper Pise de son accès à la mer.


  • En 1938, afin d'inonder les zones menacées par l'armée japonaise, Tchiang Kai-chek ordonne la destruction des digues sur une partie du Fleuve Jaune. En 1939-1945, les barrages de centrales électriques, considérés comme des cibles stratégiques, sont bombardés.
  • Au Vietnam (années 1960), de nombreuses digues sont détruites par les bombardements. Selon le Nord du Vietnam, entre 2 et 3 millions de personnes seraient mortes noyées ou de faim par suite de ces attaques.


  • En 1999, au Kosovo, les points d'eau et les puits sont contaminés par les Serbes.


  • La même année, l'explosion d'une bombe détruit la principale conduite de Lusaka, en Zambie, et prive d'eau ses 3 millions d'habitants.


Depuis la fin du XXe siècle, les ressources et les équipements subissent des menaces de plus en plus lourdes, notamment en Afrique, dans les Balkans et au Moyen-Orient.

Lorsque les systèmes d'approvisionnement sont modernes et connectés aux réseaux électriques, leur vulnérabilité est plus grande car, en période de conflit, ils constituent les principales cibles.

Les populations civiles sont les premières à souffrir des bouleversements des systèmes d'approvisionnement en eau.

Les conflits sont aussi souvent internes qu'internationaux, comment le droit international peut-il réagir ? Comment intervenir à l'intérieur d'un pays ?


Forage pour l'eau

L'adoption en 1977 de deux Protocoles supplémentaires qui incluent des termes plus directement liés à l'eau, témoigne d'une avancée significative. À l'époque, la communauté internationale avait pris conscience des effets terriblement destructeurs, au Vietnam, de l'usage par les États-Unis de substances chimiques et de défoliants.

Il est interdit, "quel que soit le motif", d'attaquer, de détruire, d'enlever "des biens indispensables à la survie" de la population civile, tels que "les installations et réserves d'eau potable et les ouvrages d'irrigation".

Il est interdit d'attaquer "les ouvrages d'art ou installations contenant des forces dangereuses, à savoir les barrages, les digues et les centrales nucléaires de production, d'énergie électrique".

Dans quelle mesure ces dispositions peuvent-elles être appliquées ?

De nombreux obstacles empêchent l'application de ces dispositions :

  • les Protocoles de 1977 n'ont pas été ratifiés par tous les États membres. Le Protocole I a été ratifié par 159 états, mais l'unanimité n'a pas été atteinte, et des pays forts d'un point de vue politique, comme les États-Unis, se sont opposés à sa ratification,


  • les nouvelles formes de conflits - comme le terrorisme et les conflits internes - ne relèvent pas du droit international humanitaire,


  • il n'existe pas d'institution internationale effectivement en mesure d'appliquer ces dispositions.


Prix de l'eau dans quelques pays industrialisés

La création d'une Cour pénale internationale (CPI) permanente fait renaître l'espoir. La Cour a vu le jour en juillet 2002 et sera compétente à l'égard des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, et des graves violations du droit international humanitaire. Cependant, cette institution n'a pas le soutien des États-Unis, ce qui réduira considérablement son efficacité.


Approvisionnement en Afrique

En novembre 2002, l'eau a été reconnue comme l'un des droits de l'homme fondamentaux dans l'Observation générale sur le droit à l'eau, adoptée par le Pacte relatif aux droits économiques et culturels (CESCR). 145 pays ont ratifié le CESCR.