Des éponges carnivores ? Voilà qui peut surprendre ceux pour qui l’éponge est un simple ustensile de toilette ou de ménage, dont on se demande parfois s’il a une origine animale, végétale ou artificielle. L’étonnement est légitime : les meilleurs zoologistes ont été très surpris par la découverte que des éponges pouvaient être carnivores. Pourquoi est-ce si surprenant ? Après tout, il y a bien d’autres animaux carnivores, et plus personne ne s’étonne que des plantes, d’apparence aussi paisible que les éponges, puissent être carnivores.

Figure 1: L’éponge carnivore cavernicole Asbestopluma hypogea, lors de la capture d’une proie
Il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, les plantes carnivores sont connues depuis fort longtemps et sont faciles à observer, voire à cultiver sur son balcon. En revanche, la découverte que des éponges pouvaient être des prédateurs ne date que de quelques années et concerne des organismes localisés principalement dans des abysses inaccessibles. Ensuite, et surtout, animaux et plantes carnivores n’ont pas eu à modifier profondément leur organisation pour adopter ce régime, qui chez les plantes carnivores représente seulement un complément nutritionnel. Au contraire, pour devenir carnivores, les éponges ont dû complètement changer leur organisation, au point que l’on peut se demander si ce sont bien des éponges !
On définit depuis longtemps les Spongiaires comme des animaux très simples, dépourvus d’organes, de tissus différenciés et de système nerveux, dont tout le corps est organisé pour filtrer de grandes quantités d’eau et en recueillir les particules nutritives. Rien de tout ça chez les éponges carnivores, qui ne répondent plus à la définition classique des Spongiaires dans les traités de Zoologie. Autre problème, elles n’ont pas acquis pour autant la cavité ou le tube digestif présent chez tous les autres animaux, et il leur faut pourtant capturer des proies et les digérer.
Nous allons voir comment a été faite la découverte de ces éponges prédatrices, ce que l’on sait de leur organisation, de leur surprenante diversité dans les abysses, et les problèmes que pose leur évolution, sans doute à partir des éponges « normales ».