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25 07 2008

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La photo numérique : du capteur à l'image - 04/02/2008

Dans un domaine évoluant si rapidement il est difficile de faire des prévisions, sauf si on ne craint pas le ridicule. Mais on peut toujours tenter.

Tout d'abord on voit mal aujourd'hui comment la technologie des capteurs pourrait connaître une révolution radicale. Il semble plutôt que l'évolution se fera par une optimisation des techniques existantes, ce qui a déjà permis des améliorations très substantielles. Par exemple la technologie CMOS, très critiquée au début en raison de ses limites, se révèle en pratique meilleure que la technologie CCD dans ses dernières déclinaisons. Signe de cette évolution le fait que Canon a décidé de construire une nouvelle usine pour produire des capteurs CMOS en remplacement des capteurs CCD de ses compacts.

Seront à surveiller les technologies suivantes :

  • Les capteurs à photosites hexagonaux de Fuji resteront-ils une technologie propriétaire marginale ou s'imposeront-ils par des avantages indiscutables ?
  • Quelles performances réelles obtiendra-t'on avec les nouveaux capteurs de Kodak et s'imposeront-ils sur le marché ?
  • Les capteurs Foveon, intellectuellement plus satisfaisants que les capteurs à filtre de Bayer vont-ils dépasser leurs limites actuelles et constituer des concurrents sérieux face aux technologies classiques

Tout ceci dépend de facteurs qui ne sont pas uniquement technologiques. D'une part il est évident que les marques qui produisent leurs capteurs sont contraintes à suivre leur propre logique, tandis que les fabricants d'APN qui achètent leurs capteurs à d'autres fournisseurs peuvent plus facilement adopter une nouvelle technologie. D'autre part un nouveau type de capteur intéressant peut parfaitement être un échec commercial s'il est mis sur des boîtiers ou derrière des optiques médiocres, si le prix n'est pas concurrentiel ou si la politique commerciale aboutit à un échec. Il n'est que de se souvenir de la disparition de la marque Minolta (reprise par Sony) qui a rayonné pendant plusieurs décennies sur la photographie pour comprendre qu'on peut avoir des surprises de taille.

Les capteurs de grande taille (et en particulier les capteurs 24x36 qu'on trouve sur quelques reflex haut de gamme) vont-ils se généraliser sur les reflex et les bridges ? Certes ils constituent la meilleure réponse possible au dilemme sensibilité/bruit mais ils ont contre eux deux inconvénients. Le premier est leur prix même s'il paraît évident que celui-ci baissera si leur emploi se généralise.

Mais le deuxième est lié au problème de l'encombrement : un appareil muni d'un capteur APS-C a un boîtier moins volumineux et, à performances égales, un objectif moins coûteux et moins lourd. Pour ces raisons on peut penser que ces capteurs 24x36 resteront confinés aux reflex de catégorie professionnelle.

Les boîtiers à stabilisateur incorporé s'imposeront-ils face aux objectifs à stabilisateur intégré ? Cela paraîtrait logique mais certains fabricants se trouveront en face d'un choix cornélien qui les obligeraient à abandonner tout une gamme d'objectifs. On peut imaginer qu'ils traîneront les pieds face à cette mutation coûteuse pour eux, sauf s'ils perdent trop de parts de marché.

Qu'en est-il maintenant de la qualité des images ?

Le sommet de la qualité photographique, tant en terme de finesse des détails que de la dynamique des contrastes reproduits, est toujours représenté par les diapositives argentiques. C'est malheureusement aussi le support le plus malcommode et fragile à manipuler, le plus encombrant à stocker et le moins facile à visionner car il nécessite l'emploi d'un projecteur ou au moins d'une visionneuse de table. C'est pourquoi la technologie diapositive a été progressivement marginalisée au profit du tirage sur papier à partir d'un négatif couleur, même si la qualité des tirages commerciaux courants laisse souvent à désirer. La diapositive restera probablement un outil de professionnel ou d'amateur très exigeant, sachant qu'il est possible d'en obtenir des agrandissements sur papier de très haute qualité sur support inversible Ilfochrome (ex-Cibachrome). Ces tirages sont en effet supérieurs aux tirages sur papier à partir de négatifs couleurs tant en terme de qualité que de stabilité dans le temps.

La technologie numérique s'impose en raison de sa souplesse d'utilisation. En termes de qualité, si on s'en tient aux bons appareils, la couleur est très généralement fidèle et la résolution plus que suffisante pour visionner les images sur un écran et pour obtenir des agrandissement sur papier de format standard ou moyen. La visualisation sur écran (supposé de bonne qualité et bien réglé, ce qui n'est pas évident) est ce qui se rapproche le plus de la luminosité des diapositives. On se heurte toutefois à une limite dans la dynamique des contrastes qui est due au fait que les écrans, de même que le format JPEG, ne représentent les couleurs primaires que sur 8 bits. Même si les écrans LCD récents annoncent des valeurs de contraste très élevées, ce contraste ne fait en réalité qu'étirer seulement 256 valeurs distinctes, comprises entre le noir pur et le blanc pur. L'apparition récente de « cadres numériques » de salon permet de visionner facilement des photographies en famille ou avec des amis en s'affranchissant de la nécessité de migrer vers l'ordinateur, situé en général dans une pièce peu conviviale. On peut donc se poser la question de savoir si une mutation de la technologie des écrans sur 16 bits par canal est envisageable à terme, ce qui impliquerait de définir un successeur 16 bits au format JPEG. Pour le moment on peut juste rêver...

Le tirage sur papier est encore plus mauvais en terme de dynamique de contraste, mais là il n'y a rien de nouveau par rapport à la photographie argentique. Les images les plus stables et probablement les plus fines sont celles des agrandissements sur papier argentique, mais les bonnes imprimantes récentes permettent d'obtenir des images de qualité pratiquement équivalente. Elles se répartissent en deux catégories : les imprimantes à jet d'encre et les imprimantes à sublimation thermique.

Les imprimantes à sublimation utilisent des « encres » qui ont une consistance assez proche d'une cire. Ce sont elles qui équipent par exemple la plupart des points de tirage instantanés qui se répandent. Elles produisent des images très stables dans le temps, peut-être un peu moins précises que les imprimantes à jet d'encre mais l'oeil n'y voit guère de différence.

Les imprimantes à jet d'encre sont largement répandues chez les particuliers. Les mieux adaptées sont celles qui possèdent des cartouches spécialisées pour la photographie, qui permettent de reproduire plus fidèlement que les imprimantes quadrichromes de base (cyan, magenta, jaune, noir) les nuances les plus fines, en particulier dans les zones où les couleurs sont peu saturées. La limitation de cette technique est celle de la stabilité dans le temps des images. Les fabricants connus de papier photographique pour imprimantes à jet d'encre en fournissent généralement plusieurs catégories, les plus chères étant celles pour lesquelles la stabilité dans le temps est la plus élevée. Toutefois il est fortement déconseillé d'afficher de telles images dans un endroit qui ne serait pas à l'abri des rayons directs du soleil. Enfin il faut rappeler que le tirage sur imprimante personnelle des photographies revient nettement plus cher que si on s'adresse à un service professionnel.

Reste un dernier problème : on possède encore dans des musées ou des collections privées des daguerréotypes pris au XIXème siècle. Il existe d'immenses photothèques de négatifs et de tirages en noir et blanc et leur conservation depuis les débuts de la photographie, pour peu qu'on en prenne soin, ne pose aucun problème. Non seulement les œuvres des grands photographes sont à garder précieusement, mais on a pris conscience plus récemment que la masse des photographies et films pris par des amateurs anonymes constitue un témoignage irremplaçable sur la vie quotidienne d'une époque, voire sur certains événements historiques. Déjà les diapositives en couleur, les négatifs couleur et plus encore les tirages couleur sur papier sont des documents plus fragiles car ils reposent sur des pigments organiques sensibles à la lumière et aux altérations chimiques spontanées de toutes sortes. Mais qu'en sera-t'il de la quantité phénoménale d'images prises avec les moyens numériques lorsque les supports magnétiques ou optiques se seront effacés (la durée de vie d'un CD-R n'est que de quelques années, les enregistrement magnétiques s'effacent lentement), lorsqu'il n'existera plus de lecteurs capables de lire les supports actuels ou lorsqu'il n'existera plus de programme capable de lire un format d'enregistrement (on peut fort bien penser que le format JPEG deviendra obsolète un jour, sans parler de la jungle des formats RAW). Paradoxalement notre époque n'a jamais autant accumulé et archivé d'informations et pourtant on n'est pas sûr qu'il en restera dans l'avenir autant que de tablettes de terre cuites servant de support à l'écriture cunéiforme, de papyrus égyptiens ou de manuscrits du moyen-âge.