
Le foret à archet vu par un artiste du XIX°, Daux, 1877
Comme l'ethnographie nous l'a montré la friction bois contre bois permet d'obtenir du feu. La rotation d'un foret vertical sur une planchette horizontale est le système le plus fréquemment utilisé. Une petite encoche de la planchette à l'endroit ou s'appuie le foret évacue et aère la sciure. La friction produit de la chaleur qui enflamme les agglomérats finement fibreux accumulés dans l'encoche. Cette braise peut ensuite amorcer un feu de feuilles sèches ou autres produits végétaux très inflammables.

Foret à pompe, Madagascar, détail, Collection A.Barrio de Souza © Photo Jacques Collina-Girard
La nécessité d'utiliser deux bois de duretés différentes n'est qu'une légende dont la ténacité est sans doute ancrée dans les codes classificatoires spontanés (l'opposition significative mâle/femelle) communs à toute l'humanité (Collina-Girard, 1998). La reproduction expérimentale montre en effet contradictoirement que deux essences identiques fonctionnent tout aussi bien et il vaut mieux que les bois soient tendres pour économiser les efforts. Les meilleurs bois sont de texture finement fibreuse et donnent une sciure finement cohérente particulièrement inflammable (lierre, saule, tilleul, laurier ...etc.).
L'utilisation d'un archet (indiens nord-américains, inuits, aborigènes australien pour faire tourner le foret permet d'obtenir une braise en une vingtaine de secondes (une ou deux minutes pour une rotation manuelle directe). L'utilisation de l'archet dérive certainement du procédé à la ficelle, une corde mue par deux personnes entraînant alors la drille. L'archet rendant inutile la seconde personne.

Foret à pompe, Madagascar, détail, Collection A.Barrio de Souza © Photo Jacques Collina-Girard
Une autre amélioration possible est l'utilisation du foret à pompe surtout utilisé pour percer mais qui a servi aux indiens iroquois à allumer le feu. A Taroudant au Maroc ce système, lesté d'une boule de stéatite servait pour travailler artisanalement ce matériaux il n'y a pas si longtemps (observation personnelle). On le retrouve réemployé à Madagascar pour la production du feu.

Le foret à arc © dessin A.Fournier
La mise en rotation manuelle du foret a été souvent reproduite, le procédé un peu plus pénible fonctionnant plus facilement avec deux personnes. Nos deux collègues de Montpellier, Paul Boutié et Iannis Mannos utilisent une drille à feu à pointe amovible en bois de sureau (choisi sur des branchettes avec le moins de moelle possible) sur une planchette en lierre. ils obtiennent le feu en une ou deux minutes en moyenne.
La régularité de la rotation est importante mais autorise l'interruption du mouvement nécessaire pour la remontée de la main le long de la baguette. Pratique et force physique constituent des atouts si l'on fait le choix de cette technique manuelle qui est aussi la plus répandue car la plus simple.

Foret à feu, populations Massaï, Kenya, © Collection et Photo J.Ph.Brugal
En Europe orientale, au XIX° siècle on utilisait , pour produire le "feu nouveau" deux bâtons de tilleul actionné par un garçon et une fille. L'expérimentation montre bien la raison technologique du choix de ce bois, tendre et très léger produisant une sciure fine très inflammable. Le choix de personnes de sexes opposés renvoie à une symbolique très partagée assimilant la production du feu à un acte sexuel ritualisé.

Scie à feu, îles du Pacifique © Photo C.Rolando
Il existe des procédés autre comme le sciage d'un demi bambou contre un autre demi-bambou pratiqué dans le sud-est asiatique. I.Mannos et Paul Boutié nous ont récemment démontré (octobre 1996) l'efficacité et la rapidité du procédé (deux personnes tenant la "scie" et une autre maintenant la pièce fixe) : la scie entaille et traverse la convexité du bambou fixé au sol et la sciure tombe au dessous jusqu'à l'obtention d'une braise. On a également régulièrement décrit le procédé classique du sciage d'un bambou par une lanière (liane) en Papouasie nouvelle Guinée. Un autre procédé est celui du rainurage d'une planchette par une baguette (hibiscus tiliaceus) habituel dans les îles du Pacifique. On en trouvera une excellente description dans le roman "Taïpi" de H.Melville (l'auteur bien connu du roman : Moby Dick). Sur le fond, tous ces procédés reposent sur le même principe physique : la chaleur produite par le frottement enflamme une sciure très fine issue de l'usure de deux bois botaniquement choisis.
Archéologiquement ces objets en bois, ne sont qu'exceptionnellement conservés. Les traces les plus anciennes de planchettes et de forets à feu proviennent pour l'instant de la grotte de Guitarerro dans les Andes Péruviennes (10000 B.P.)

Les plus anciennnes planchettes et forets à feu archéologiques, Grotte de Guitarerro, Perou, d'après Lynch, © Dessin Jacques Collina-Girard
On en connaît peut être dans le matériel néolithique des lacs suisses et le site de l'Age du fer de Toro au Japon en a fourni de très nombreux exemplaires. On peut , sans en avoir encore la preuve directe, supposer que ce système était connu des homo sapiens du Paléolithique supérieur.