Des zones d'ombre sur le terrain
Lorsque l'on se promène dans la rade de Brest, on découvre un étonnant découpage dans l'image, au niveau de l'arsenal. De prime abord, on s'attend à la voir apparaître progressivement (après tout, ce phénomène de zones blanches est fréquent lorsque l'image se forme), mais il n'en est rien. Ces lignes découpées aux ciseaux dans le paysage et ces zones vierges sont la manière adoptée par l'IGN sur Geoportail pour masquer les sites stratégiques protégés par le décret de 1973, interdisant la diffusion de leurs vues aériennes. Ainsi, la rade de Toulon, la base opérationnelle nucléaire française de l'île Longue, et même le château de Bity en Corrèze - la résidence secondaire de la famille Chirac – sont totalement occultés par des blancs.

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Les zones stratégiques attirent l'attention car elles sont mises à l'abri des regards par des blancs ostentatoires
(Crédits : IGN)
Mais le recours à ces artifices met à mal le concept de liste secrète des sites stratégiques, puisque, par la singularité de leur représentation, ils sont aisément localisables : « Cela montre plutôt du doigt les zones sensibles auxquelles un terroriste pourrait porter son intérêt », a commenté un responsable du ministère de la Défense. Ainsi, pour pallier à ce paradoxe, l'IGN devrait remplacer dans les prochains mois ces blancs par des zones floutées, comme sur Google Earth.
Géoportail : une équipe qui devrait monter en puissance
En septembre prochain, Géoportail s'enrichira d'une troisième dimension et proposera aux internautes d'accéder aux premières couches d'information de service public. L'utilisateur pourra choisir une altitude et parcourir un trajet donné en volant au-dessus de paysages en 3D. Vous pourrez ainsi suivre un cours d'eau, visualiser les plages de vos futures vacances, ou retourner voir les montagnes dont vous avez dévalé les pentes l'hiver dernier.
Les vues en trois dimensions devraient ainsi conférer à Géoportail un atout indéniable par rapport à Google Earth. En effet, même si le service peut sembler décevoir au premier abord, il convient de garder en mémoire que cette version est loin d'être définitive et est appelée à s'enrichir au fil du temps, notamment via la 3D et la mise à disposition du public d'un vaste géocatalogue.
A terme, les institutions et collectivités locales pourront ajouter leurs propres informations au catalogue de Géoportail, et offrir ainsi aux citoyens des couches d'informations de proximité relatives à l'environnement (localisation des zones protégées, cartes de pollution), à la géologie (localisation des zones d'érosion…) ainsi qu'à l'urbanisme (plans d'occupation des sols, réseaux de transports…). Ainsi, le BRGM mise sur l'ajout de 1.000 couches de données différentes d'ici l'horizon 2008. Le moteur de recherche de Géoportail sera alors adapté à cette nouvelle manne et devrait se montrer nettement moins frustrant que le modèle actuel.
Comme nous nous y attendions, Géoportail est une équipe jeune qui, si elle n'a pas l'expérience de son concurrent américain, devrait monter en puissance avec le temps. Ainsi, si ses premiers pas sur le terrain sont assez approximatifs et peuvent décevoir ses supporters, le service de l'IGN pourrait nous réserver à l'avenir de belles surprises.