1°) Animaux préhistoriques
Il y a plus de 25.000 ans, dans les entrailles calcaires du Granier, une grotte, connue aujourd'hui à Entremont-le-Vieux sous le nom de "Balme à Collomb", accueillait d'étranges occupants de la préhistoire : Ursus Spelaeus ou les Ours des Cavernes.
Aujourd'hui, grâce à la curiosité de passionnés de spéléologie et la ténacité de spécialistes en paléontologie, la Chartreuse et la Savoie peuvent s'enorgueillir de posséder l'un des plus grands et plus riches gisements d'ours des cavernes jamais découvert !
C'est cette merveilleuse aventure humaine et le fabuleux patrimoine paléontologique et géologique découvert qui sont mis en lumière au Musée de l'ours des cavernes (voir bibliographie)

Squelette de l'ours des cavernes
L'ours des cavernes vivait dans l'hémisphère nord mais pas en Afrique et pouvait peser jusqu'à 300 kg, il se nourrissait comme l'ours actuel sans doute et avait le même type d'existence avec une longue période d'hibernation. Sa disparition est sans doute due à l'homme (?).
La grotte de Prélétang est située sur la commune de Presles, à 1225 m d'altitude dans la forêt des Coulmes (nord-ouest du Vercors). Cette cavité est un ancien repaire d'ours des cavernes, de 800 à 1000 individus y seraient morts. La faune associée à cette espèce comprend le lion des cavernes, le cerf, le chevreuil, le bison, le bouquetin, le cheval, le loup, la marmotte...

Rhinocéros laineux (Reconstitution)
La grotte de Jaurens près de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), creusée dans le calcaire du Causse de Martel a fourni plus de 60 espèces animales (dont le cerf, le renne, le chevreuil, le bison, le rhinocéros laineux, le lion et la hyène des cavernes, l'ours brun, le mammouth, le sanglier et une canine d'homme de Néanderthal).

Mammouth (Reconstitution)
Saint-Vallier (Drôme) est un site de plein air d'âge Villafranchien (2 millions d'années) constitué de loess dits " à bancs durcis ".
L'importance de sa biodiversité animale : paon, cygne, macaque, mastodonte, cerf, cheval, antilope, rhinocéros, tigre à dents en lame de sabre, panthère, etc. et végétale (29 espèces dont le cèdre) témoignent d'un climat océanique plutôt doux, avec une dominante forestière. Bref les exemples sont très nombreux…
2°) - Un (tout petit) peu d'histoire…
On peut dater du XVIIème siècle la première découverte : Valvasor découvrit en 1689, (Yougoslavie), le premier vertébré cavernicole, le Proteus anguineus, batracien urodèle qui a été étudié systématiquement dès 1768. En 1842, J. E. De Kay décrivit l'Amblyopsis spelaea, un poisson téléostéen des grottes du Kentucky (USA). A. Viré soutient, en 1899, une thèse sur la faune aquatique hypogée. Le Roumain Racovitza capture, en 1905, un insecte exceptionnel (Typhlocirolina moragues) dans les grottes du Drach (Majorque)) et publie, en 1907, son Essai sur les problèmes biospéologiques, premier ouvrage de cette nouvelle science. En 1920, Jeannel fonda avec Racovitza à Cluj (Roumanie), le premier institut de spéléologie. C'est le début de l'histoire de l'étude des animaux qui habitent les cavernes…
Les espèces cavernicoles (actuelles)
Les trogloxènes sont des formes qui peuplent le milieu souterrain et subissent les conditions qui y règnent. Ils occupent les grottes de façon temporaire mais systématique. Ils y recherchent des conditions particulières en raison d'exigences physiologiques particulières caractérisées par un ralentissement de l'activité de l'organisme. Les trogloxènes ne pénètrent dans les grottes qu'aux périodes d'activité réduite, ils ne s'y reproduisent pas.

Chauve-souris Grand Murin
Motifs de la pénétration dans les cavernes | Epoque | Région géographique | Exemples | |
Hibernation | Hiver | Pays tempérés froids | Papillons Chauve-souris Mollusques | |
Diapause estivale | Eté | Pays tempérés froids | Phryganes | |
Estivation | Eté | Pays chauds | Batraciens Diptères | |
Refuge | Toute l'année | Tous pays | Rongeurs |
Les troglophiles se révèlent particulièrement aptes à vivre dans le milieu souterrain. Ce sont de bons exemples dits de préadaptation. La coexistence de formes épigées et de formes cavernicoles au sein d'un même genre atteste que les troglophiles effectuent leur cycle vital entier dans les grottes.

Exemple d'animal troglophile Cecilioides sp (probablement acicula) (Mollusque Gastéropode)
Les troglobies sont les occupants permanents et obligés du milieu souterrain. L'adaptation est irréversible en raison de modifications morphologiques, physiologiques et éthologiques. Les régressions typiques des troglobies se manifestent par l'absence ou la réduction profonde des yeux et des pigments cutanés, par une diminution du métabolisme général et un ralentissement considérable de la croissance et du développement.

Exemple d'animal troglobie Proteus (Batracien)
Les caractéristiques physiques des cavernes karstiques sont : absence de lumière, humidité élevée et constante, une température invariable. L'obscurité entraîne l'absence de végétaux capables de photosynthèse et presque toutes les sources de nourriture doivent provenir du milieu extérieur.
La biomasse totale existant dans les milieux souterrains est généralement faible. Un premier apport, très important, est constitué de détritus végétaux et d'organismes de petite taille entraînés par les eaux souterraines. Le second provient de l'entrée régulière d'organismes actifs non consommateurs qui viennent peupler l'écosystème.
L'exemple le plus frappant est celui des chauves-souris qui vont se nourrir au-dehors, mais dont le guano libéré dans les grottes est le point de départ d'une faune inféodée considérable.
Voir aussi le dossier sur les chauves-souris

Chauve-souris Grand Rhinolophe
On peut supposer que la résistance au jeûne des troglobies aquatiques (Poissons, Crustacés) constitue un élément important de stabilisation des populations. De même, les capacités très larges des troglophiles de s'adapter à des sources de nourriture diverses constituent un facteur de régulation.
Voici deux autres animaux cavernicoles :

Astyanax
Astyaniax est le nom du fils d'Andromaque et d'Hector dans la mythologie !
Son corps allongé, légèrement comprimé latéralement est doté d'une nageoire adipeuse. Sa ligne latérale est complète. Sa robe est rosée. Une épaisse membrane opaque recouvre ses yeux atrophiés, d'où cette impression d'absence d'yeux. Il s'oriente sans problème grâce à sa ligne latérale sensitive très développée ainsi qu'à son odorat. Très prolifique, la femelle pond en pleine eau. Les oeufs éclosent au bout de deux à trois jours et les alevins sont en nage libre vers le sixième jour. Carnivore.

Niphargus
mesure de 1 cm à 3,5 cm. Elle se nourrit de bactéries contenues dans l'argile, de proies vivantes ou mortes et de débris végétaux. On peut la rencontrer dans de nombreuses grottes humides, même dans les gourds des grottes touristiques
Il y a encore des araignées, des myriapodes, des noctuelles, des carabes….
Dans certains cas particuliers (et à la limite de notre sujet) un lac occupe une cavité effondrée et est ainsi isolé de tout cours d'eau extérieur. Il peut y avoir à ce moment des espèces tout à fait endémiques comme les Cichlidés des lacs Otjikoto et Guinas en Namibie. De couleurs très vives, vert, jaune etc. ces poissons n'ont pas d'ennemis et donc ne sont pas obligés de développer des stratégies de camouflage ou de défense.
Les Cichlidés du lac Malawi (lacs qui ne sont pas des structures calcaires !) sont les plus connus parce qu'abondamment utilisés par les aquariophiles, mais il en existe de nombreuses espèces en Afrique. Ces animaux ne sont pas cavernicoles même si, dans le cas présent, ils habitent une cavité karstique !
D'autre part, je n'ai pas mentionné ici les mésanges, par exemple, qui sont considérées comme cavernicoles en ce sens qu'elles recherchent des trous pour s'abriter et nicher …évidemment ce type d'animaux cavernicoles n'a rien à voir avec notre sujet !