
Un navire chinois est détruit par le Nemesis - Source : British Parliamentary Papers, 1840, XXXVI (223), p. 374
Malgré cette prohibition, les Anglais jouent leur va-tout et accroissent les ventes illégales d'opium, en provenance des Indes, en Chine (de 100 tonnes vers 1800 à 2600 tonnes en 1838). Excédé, le gouverneur de Canton saisit 20.000 caisses de drogue (une quantité à faire pâlir les cartels de la drogue actuels) et les détruit en place publique. Pour Londres cet évènement est un prétexte pour imposer l'ouverture du marché chinois à ses commerçants. C'est alors que débute la première « guerre de l'opium », les Anglais dirigent leurs canons contre les principaux ports chinois, Canton, Shanghai, chaque port est conquis. Après une « victoire » humiliante pour les chinois, les streamers Anglais hissent leur pavillon jusqu'aux portes de la ville de Nankin, obligeant l'empereur Tao-kouang à capituler. Cette guerre dans le seul but du contrôle du commerce de l'opium, impose des traités commerciaux contraignant à l'empire du milieu ; comme le libre commerce de l'opium. Londres exige également la mise en place de comptoir Anglais, notamment dans la ville de Canton et la cession de l'îlot de Hong kong. Cette « victoire » n'ouvre pas pour autant les portes de la Chine et très peu de d'occidentaux osent s'aventurer sur le territoire.
Ils débarquent au port de Canton après un voyage de plusieurs mois à travers les océans. Dans une atmosphère de soulèvement contre l'occupant étranger, ils se déguisent en Mandchou pour se fondre dans la foule (la Chine est alors sous la dynastie des Qing depuis 1645, les conquérants Mandchou imposèrent aux Hans la coiffure de la steppe, crâne rasé sur le devant et port de la natte.). Après trois mois de voyage en totale immersion, ils arrivent enfin à Pékin.
«Nous vivions au milieu de lui (l'empire chinois), nous le touchions de nos mains, et nous respirions son air. Ses arts, son industrie, la singularité de ses mœurs et de ses habitudes, sa langue monosyllabique avec ses bizarres caractères que nous commencions à déchiffrer, son génie commercial et agricole, tout cela se manifestait à nous par degrés, et nous jetait dans un étonnement profond. »
E.H.
Au cours de leur séjour ils apprennent le mandarin, et déchiffrent les signes de l'écriture (l'alphabet phonétique pinyin n'existait pas encore, il fut inventé en 1958 sous le régime de Mao dans le but de simplifié l'écriture du mandarin). Plus tard, ils se rendent en Mongolie dans le nord-est de la chine, l'actuelle Mongolie intérieure. Ils y demeurent durant 4 ans pour enseigner le christianisme dans ces régions. Ils étudient la langue Mongol, Mandchou, et s'initient, dans les lamaseries, au bouddhisme. Leur curiosité pour cette religion les pousse naturellement à entreprendre ce long voyage jusqu'à Lhassa au Tibet.
« Le désir d'aller à la source des superstitions qui dominent les peuples de la haute Asie nous fit entreprendre ces longs voyages qui nous conduisirent jusqu'à la capitale du Tibet. »
E.H.
Après un long périple de deux ans, ils arrivent à Lhassa; après un court séjour, ils sont expulsés, et reconduis à Macao en palanquin sous bonne escorte. C'est en 1852, épuisé, qu'Evariste Huc quitte la Chine à bord de la corvette à vapeur Cassini pour un voyage jusqu'en France.

Durant les années qui suivent, Evariste Huc rédige deux livres : « Souvenir d'un voyage dans la Tartarie et le Tibet », suivi de « L'empire chinois »". Décoré de la Légion d'honneur en 1853, il reçoit de l'Académie Française le prix Montzont pour son livre relatant leurs aventures. D'autre part, il est en relation avec Alfred de Vigny, Lamartine, et la Comtesse de Ségur. Napoléon III le reçoit en personne et lui permet d'imprimer son premier ouvrage avec les imprimeries impériales. Baudelaire s'inspirera de son voyage pour écrire le poème "L'horloge".