Par Daniele Franzone (Directeur Général de l'Environnement à la Commission Européenne)
La Commission salue l'initiative de cette conférence, organisée par le Ministère de l'environnement de la Slovénie et l'Ambassade de France dans cet Etat. Cette conférence, qui s'inscrit dans la coopération bilatérale entre ces pays, acquiert une signification particulière en vue de l'adhésion - de plus en plus proche - de la Slovénie à l'Union européenne. Il importe, en effet, que dès l'adhésion tout nouvel Etat membre ait adapté sa législation à l'acquis communautaire et soit à même d'y donner un plein effet. Notamment dans l'optique du marché intérieur, l'enforcement est aussi essentiel que l'adaptation législative. L'enforcement présuppose aussi une coopération étroite entre les autorités publiques du nouvel Etat membre et les stakeholders. Ainsi, toute initiative visant à favoriser une meilleure connaissance de la législation communautaire dans les pays candidats contribue à son application effective, le moment venu. Par ailleurs, l'expérience acquise dans un Etat membre actuel peut aider les pays candidats à mieux se préparer à l'adhésion et à relever les défis futurs.
Le thème de cette conférence, les organismes génétiquement modifiés (OGM), fait partie d'un domaine plus vaste: les sciences du vivant et la biotechnologie. On s'accorde à reconnaître que les sciences du vivant représentent, après les technologies de l'information, la prochaine vague de l'économie de la connaissance, créant de nouvelles possibilités pour nos sociétés et nos économies. Elles soulèvent aussi d'importantes questions politiques, sociales et éthiques qui ont donné lieu à un large débat qui est loin d'être clos.
Ce débat est un signe de la vitalité et de la richesse de nos sociétés, toutefois trop souvent il s'est focalisé sur les OGM, peut-être en raison de leur utilisation pour l'alimentation humaine et animale, et sur certaines questions de nature éthique. Les sciences du vivant et la biotechnologie vont bien au-delà des OGM. Elles permettent d'adopter des approches nouvelles et innovantes dans le domaine des soins de santé à l'échelle mondiale pour répondre aux besoins d'une population vieillissante et des pays pauvres. Par ailleurs, elles peuvent offrir de nouveaux moyens pour protéger l'environnement, notamment la bioréhabilitation de l'air, des sols, de l'eau ou le développement de procédés industriels plus propres reposant, par exemple, sur l'utilisation des enzymes.
Consciente des enjeux économiques et de société, la Commission européenne a adopté le 23 janvier 2002 la communication "Sciences du vivant et biotechnologie - une stratégie pour l'Europe", dans laquelle elle développe son analyse et présente un Plan d'action, consistant dans des mesures précises impliquant dans bien des cas une pluralité d'acteurs: Commission, Etats membres, Institutions communautaires, opérateurs professionnels, société civile. Je voudrais citer un passage de cette communication pour bien mettre en exergue les enjeux: "L'Europe se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins: nous devons élaborer activement des politiques responsables dans une perspective mondiale tournée vers l'avenir, ou (bien) nous serons confrontés aux politiques définies par d'autres, en Europe et dans le monde. ... La Commission pense que le choix politique de l'Europe consiste à savoir non pas s'il convient de répondre aux défis posés par les nouvelles connaissances ..., mais comment y répondre".
Cette communication est à l'examen des autres Institutions communautaires, le Comité économique et social ayant adopté son avis à la mi-septembre 2002. La question intéresse aussi l'opinion publique qui, dans l'esprit des principes de la gouvernance européenne, est appelée à jouer un rôle majeur quant aux décisions politiques futures.
La communication parle d'une stratégie pour l'Europe, et pas simplement pour la Communauté. Dans la perspective de l'adhésion, les pays candidats et leurs sociétés sont appelés à contribuer à la définition de cette politique, qui nous concerne tous.
Pour revenir aux OGM, thème de cette conférence, il importe de souligner les lignes directrices de la réglementation communautaire:
Il n'appartient pas à l'autorité publique (et au décideur politique) d'être en faveur ou contre les OGM. Elle doit assurer que le processus d'autorisation respecte les principes, que je viens d'énoncer, de sorte que le consommateur puisse exercer son choix, en fonction de son appréciation personnelle. Ce qui postule un autre aspect: par le biais d'un étiquetage fiable et facile à comprendre, le consommateur doit savoir si le produit qu'il achète contient des OGM ou est issu d'OGM.
Face aux réticences et aux préoccupations de l'opinion publique, désorientée aussi par les crises de la "vache folle" (EBS) et de contamination des aliments par la dioxine, la réglementation communautaire a évolué afin de se conformer aux lignes directrices cidessus.

Les cas de "vache folle" dans l'Union européenne
Crédits : Cité des sciences
Les deux mesures majeures sont les suivantes:
La Commission européenne a aussi présenté des propositions législatives en vue de parachever le cadre législatif en matière d'OGM. Ainsi, trois propositions sont à l'examen des autres Institutions communautaires:

Une dernière remarque: au moment de l'adhésion les nouveaux pays membres devront appliquer l'acquis communautaire, tel que résultant à ce moment, à moins que des règles transitoires spécifiques ne figurent dans l'Acte d'Adhésion lui-même. A ce jour, cet acquis est constitué des mesures législatives ou réglementaires que j'ai évoquées ainsi que des dix-huit produits OGM autorisés dans le cadre de la directive 901220/CEE. D'autres mesures viendront s'ajouter avant la date d'adhésion. Une coopération entre les pays candidats, la Commission et les Etats membres actuels permettra de réduire au maximum les difficultés et les incertitudes qui pourraient apparaître.