Les réalisations que nous venons de considérer sont des applications technologiques des avancées de la gastronomie moléculaire, laquelle est toutefois, il faut le répéter, l'exploration scientifique du monde culinaire.

La place manque, ici, pour montrer comment le travail scientifique, lui, contribue au perfectionnement des techniques classiques et contribue, de ce fait à l'art culinaire. Il facilite également la transmission des connaissances culinaires, et devrait conduire, on l'espère, à la rénovation des méthodes culinaires : à l'heure où les peuples des pays avancés se préoccupent d'environnement, de développement durable, peut-on supporter que les millions de Français qui cuisine gaspillent quotidiennement jusqu'à 80 pour cent de l'énergie qu'ils consomment pour chauffer leurs casseroles ?
A l'heure où l'humanité envoie des sondes vers Mars, pourquoi cuisiner avec les mêmes casseroles, fouets, tamis qu'au Moyen Âge ? Ceux-ci n'ont de raison de subsister que s'ils sont appropriés aux fonctions qu'on leur attribue, mais comment faire des mousses, par exemple ? Le fouet est moins efficace que des systèmes qui injecteraient des bulles par le fond du récipient. Comment faire des émulsions ? Si les laboratoires de physico-chimie se sont équipés de cuves à ultrasons, pour réaliser les émulsions, c'est que ces systèmes sont plus efficaces que les fourchettes et fouets des cuisines.
N'est-il pas temps que cet « art chimique » qu'est la cuisine profite enfin des avancées des sciences et des techniques ? La question est alors posée d' une déshumanisation d'une activité artistique, mais en quoi un meilleur pinceau gênerait-il le peintre ?